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N’ayant vu aucun film de cette franchise des années 2000, je m’attendais à un métrage particulièrement flippant, voire glaçant… Que nenni, Destination finale – Bloodlines est avant tout divertissant...
le 21 juin 2025
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Etre adolescent à l'aube de l'an 2000, c'est, en plus du chambardement hormonal propre à tous les jeunes de cet âge, une grande remise en question de soi-même et du monde, un passage de témoin sans transition de William Leymergie à Wes Craven, des Minikeums aux snuff movies du dark net en devenir qui circulaient dans les recoins les plus isolés de nos cours de récréation. Si j'ai eu la chance d'échapper aux modes les plus sombres de cet âge ingrat (quoique, j'ai parfois, aujourd'hui encore, le "Poubelle Man" de Cauet qui me revient en tête sans prévenir), je ne suis pas passé pour autant à travers les mailles du filet de la culture du slasher. Une culture qui inondait tous les préaux, avec des DivX qui s'échangeaient en cachette sur lesquels étaient inscrits "Scream", "Souviens-toi, l'été dernier" et bien sûr "Destination Finale", refilés à la sauvette par le nerd de la classe (étonnamment, à l'époque, ce n'était pas encore moi) en échange d'une pièce de dix francs. C'est étrange, les souvenirs qui reviennent en tête à la simple vue d'une madeleine de Proust, en l'occurrence ici Destination Finale Bloodlines, sixième épisode d'une saga entamée en l'an de grâce 2000.
Ce goût brioché et nostalgique, Bloodlines est, tout aussi curieusement, l'un des seuls films d'horreur modernes à me l'avoir dispensé, alors que nombreuses sont les vieilles gloires de notre jeunesse à faire leur retour sur les écrans. Des innombrables adaptations récentes de Stephen King à la résurrection (ou devrait-on dire, à la nécromancie illégale, vu l'épouvantable niveau) de la saga Scream en passant par les remakes de certains classiques de Dario Argento ou Clive Barker, notre époque voit défiler quantité de licences présumées mortes pour tenter de rameuter à la fois les vieux et les jeunes. Peine perdue : à quelques exceptions près, Hollywood n'a plus le mojo de ses grands slashers d'il y a vingt, trente ans, et semble passer son temps à courir après un succès qu'il ne retrouvera pas. En ce qui me concerne, Destination Finale Bloodlines partait même largement perdant avec la disparition presque intégrale de ses créateurs, qu'il s'agisse de James Wong (qui, traumatisé par la réception de Dragon Ball Evolution, semble s'être retiré du business), du tandem Eric Bress / J. Mackye Gruber (les scénaristes originaux, qui se sont barrés depuis longtemps pour bosser dans leur coin) et bien sûr du regretté David R. Ellis, véritable surdoué de la série B décédé des suites d'une maladie en 2013 après avoir réalisé deux des cinq films alors sortis. Pour rester dans la sombre thématique, Destination Finale Bloodlines rend enfin hommage à Tony Todd, le mystérieux trickster présent dans tous les films de la série, qu'on aperçoit dans cet épisode terriblement amaigri et qui s'éteindra quelques mois après le tournage.
Comment donc partir sur un a priori optimiste pour ce sixième film, qui sent (littéralement) la mort ? Aussi étonnant que cela paraisse, Zach Lipovsky et Adam B. Stein ont trouvé la réponse. Ils ne sont pas les seuls, d'ailleurs : contre toute attente, le scénario, pourtant signé de yes-men venant de chez Marvel ou (pire) des reboots de Scream, mérite qu'on chante ses louanges, au même titre que le montage de la Canadienne Sabrina Pitre, dont l'état d'esprit résume finalement à lui seul l'essence des films Destination Finale. "A dry sense of humour, and a bit of an evil spirit", voilà comment se définit la dame Pitre, par ailleurs actrice de doublage pour des dessins animés, dont le CV va de Kim Possible à Love, Death + Robots en passant par Freaks, le premier long-métrage du duo Lipovsky/Stein. Au moins autant dans la mise en scène et que dans l'écriture, c'est en effet sans doute dans l'énergie cinétique et comique proprement sidérante de son montage que résident les grandes forces de Destination Finale Bloodlines, probablement le film de la série qui a, le mieux, su s'accaparer son mauvais esprit goguenard ; pour y ajouter, en plus, une touche d'humanité, presque de joie absurde, qui contraste avec la noirceur du propos tout en jouant un rôle essentiel de contrepoids à la tension.
Historiquement, le rôle des films Destination Finale est de mettre en scène des morts atroces en jouant sur les attentes du spectateur pour mieux les prendre à revers. La série a commencé par une tonalité fantastique assez sérieuse impulsée par James Wong, avant de virer complètement de bord à l'arrivée de David R. Ellis, qui a choisi l'angle de l'humour noir à fond les ballons. Les deux approches ayant révélé fonctionner équitablement, Wong et Ellis se sont partagés la saga pendant quatre épisodes, se faisant des passes amicales d'un épisode à l'autre, ici à travers la comédie gore la plus décomplexée, ailleurs par un suspense plus premier degré porté par des acteurs aux registres moins dilettantes (cf. la toujours formidable Elizabeth Winstead en héroïne du troisième épisode). Cela peut sembler un détail, mais Destination Finale Bloodlines choisit d'honorer tout l'héritage de la série en faisant en permanence le grand écart entre comique gore, limite cartoonesque, et tragédie familiale. Le film impressionne particulièrement dans sa capacité à alterner les registres, souvent en un claquement de doigts, par une réelle harmonie entre l'écriture, la mise en scène et le montage, que très peu de cinéastes du fantastique parviennent à atteindre. Cette seule particularité d'atmosphère duelle suffit à faire de Bloodlines un épisode à part, assez supérieur à tous ses prédécesseurs, lesquels, en comparaison, se confortaient beaucoup plus dans une unique couleur dominante. L'aisance avec laquelle le film navigue entre les tonalités n'est pas sans évoquer les meilleurs travaux de Sam Raimi, comme les Evil Dead originaux ou l'inénarrable "Jusqu'en enfer" qu'on aperçoit nettement dans le rétroviseur, avec son mélange suspect et pourtant si réussi de terreur, de révulsion, de rire et de profonde empathie envers ses personnages.
Un autre insigne mérite de Bloodlines est de rebattre les cartes pour donner un nouveau souffle à des règles du jeu que les vieux ne connaissaient que trop bien. Lipovsky et Stein auraient pu se contenter de faire un reboot, de tout changer (ou de ne rien changer) sans respect pour les fans désormais grabataires de la saga originale ; ils ont eu l'intelligence de se poser les bonnes questions. La mort cible désormais les descendants d'une même famille, ajoutant une donnée généalogique à l'habituelle chronologie morbide qui fait l'essentiel du scénario de la série. Ce choix trouve des impacts importants dans la façon dont on vit l'histoire, à commencer par la traditionnelle scène catastrophe d'ouverture, qui se déroule non pas quelques heures avant les événements du film, mais cinquante ans avant. La dynamique du suspense s'en voit bouleversée, puisqu'on ne sait plus rien de l'ordre dans lequel doivent survenir les décès, puisqu'on n'est plus sûr de l'identité des infortunées victimes ; ce nouveau climat d'incertitude, plus qu'un choix gratuitement méchant, est un vrai moteur de tension avec lequel le scénario joue avec beaucoup, beaucoup d'humour. La multiplication volontaire des fausses pistes, l'importance accordée aux plus petits éléments (comme une pièce de monnaie ou même une alliance, qui donne lieu à l'un des plans les plus génialement craspecs que j'aie jamais vu dans le genre), les clins d'œil pleins de connivence à d'anciens épisodes de la saga font plus que brouiller les repères : ils instaurent une sorte de dialogue hilare entre le film et son public, un climat ouvertement ludique dont chaque scène, chaque dialogue devient un round. Les metteurs en scène s'amusent à l'évidence comme des dingues, en pensant systématiquement aux détails les plus infimes, en jouant sur les attentes, en jouant même sur le fait que le spectateur sait qu'ils jouent avec ses attentes. C'est à la fois totalement méta, totalement hilarant, et plein à craquer d'un plaisir créatif potentiellement encore plus frais que les meilleurs épisodes de la série (qui sont, pour moi, les deuxième et troisième épisode).
Ainsi Destination Finale Bloodlines a-t-il fait plus que me montrer un bon film d'horreur. Il m'a fait revivre mes premiers émois fantastiques adolescents, en embrassant avec passion et déférence les lois d'airain d'une saga dont il démontre à tout instant la connaissance et la maîtrise, tout en étant capable de les renouveler avec pertinence (ce qui, après une pause de 15 ans et un changement complet d'équipe, n'était pas gagné d'avance). Il m'a respecté en tant que spectateur désormais adulte, en insufflant à son propre discours une espèce de conscience de lui-même qui lui donne ce délicieux goût d'ironie on ne peut plus à propos compte tenu du genre auquel il appartient, qui n'est pas sans évoquer, dans ses tentatives de communication avec son public, l'œuvre de Wes Craven (et plutôt la meilleure partie). Il est mis en scène, écrit et monté avec une précision rare pour un film de genre, donnant à chaque scène, à chaque plan, à chaque mouvement de caméra un sens fort autant dans l'histoire racontée que dans la construction d'une tension permanente. C'est d'ailleurs bien cette dernière qui reste la plus séduisante : de récente mémoire, aucun slasher n'a aussi bien bâti son suspense, que ce soit dans la grande histoire ou la petite. Destination Finale Bloodlines, plus encore que ses prédécesseurs, s'amuse profondément : de lui-même, avec lui-même, avec son public. C'est un film affreux, aux effets spéciaux soignés, aux scène choquantes, à l'horreur très impressionnante (son interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement est d'ailleurs la plus stricte jamais infligée à un Destination Finale) mais qui, pourtant, se marre en permanence. La mort est un jeu, nous disent ses créateurs ; la vie aussi. J'ai vingt-cinq ans de plus qu'à la sortie du premier Destination Finale, et voilà à quasi quarante piges que cette série m'offre, contre toute attente, ce qui ressemble fort à son magnum opus. En mémoire des grands acteurs et réalisateurs qui bâtirent le succès de la licence et reposent aujourd'hui en paix, il n'y avait sans doute pas plus beau moyen de célébrer la puissance créative (et tout l'étonnant potentiel fédérateur) du cinéma d'horreur.
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Créée
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