Destination finale - Bloodlines, Zach Lipovsky & Adam B. Stein, U.S.A, 2025, 110 min

Vingt-cinq ans après le premier « Final Destination », débarque de nulle part ce sixième volet mis en scène pas Adam B. Stein et Zach Lipovsky, d’après un scénario de Guy Busick et Lori Evans. Ce n’est ni un prequel, ni un reboot, ni une legacy sequel, mais bel et bien une suite, dans la continuité de la franchise. Si le métrage reprend bien le procédé familier, il innove toutefois par le fait qu’il ne répète pas le schéma classique imposé par les précédents opus. S’il y a bien une catastrophe et une histoire de prémonition, la protagoniste n’est pas celle qui a vécu l’évènement et ça change tout. Surtout, « Final Destination — Bloodlines » ne révolutionne pas la formule, il la transcende.


Ce n’est plus un teenage movie, mais clairement un splatter assumé de A à Z, avec du gros gore qui tâche et un humour noir décalé qui fait mouche. formellement le métrage de Stein et Lypowski sort totalement des sentiers battus, parfaitement adapté pour une nouvelle génération de spéctateurice, avec une œuvre qui ne correspond pas à de vieux codes éculés, mais bel et bien à ceux d’aujourd’hui. Une mise à jour de la franchise qui saura ravir les plus déviants des amateurices du genre, et pourquoi pas, donner l’envie à une audience actuelle de la découvrir.


Le postulat du récit ne s’intègre plus dans la simplicité d’autres volets, mais au contraire propose un ressort plus complexe. Le personnage principal, Stefani Reyes, est la petite fille d’une femme qui a eu une prémonition et a de fait sauvée des gens, dans les années 1960. Elle a contrecarré les plans de la Mort sur du long terme, son sauvetage ayant des répercussions soixante ans plus tard. À partir de là, le film étoffe l’univers et le canon de la franchise, avec de nouvelles conventions des plus bienvenues. Elles réservent leur lot de surprise et d’émotion, avec un modeste plus, c’est que le film assume totalement le côté fun avec lequel la saga à toujours flirté, sans l’embrasser à 100 %.


Oui, « Final Destination — Bloodline » c’est avant tout une production très drôle, dans une tradition du gore qui remonte aux années 1980, citant très directement des œuvres comme « Evil Dead » (1981) ou « Braindead » (1992). Ici le trash fait rire, et la carte y est jouée à fond, ne laissant jamais passer une opportunité de trucider avec panache tous ses protagonistes. Il revitalise une formule un peu tombée en désuétude, en proposant des séquences d’accidents particulièrement bien amenées, versant dans l’absurde et la cruauté la plus totale, pour notre plus grande réjouissance. Les auteurs jouent avec le concept et c’est communicatif, car ça ne se prend jamais bêtement au sérieux.


Et malgré tout, le métrage se permet aussi des moments d’émotions, avec tout un message sur la famille, celle qu’on ne choisit pas et qui est pleine de faille. La réflexion n’est pas superficielle et apporte un plus non négligeable à l’ensemble, décuplé même par le fait que tout ce qui se passe à côté est terriblement drôle et cradingue. Jamais le film ne plonge dans une quelconque aseptisation, ne laissant aucun répit pour ses personnages comme pour son audience. Sitôt une séquence émotion délivrée, c’est l’horreur qui revient, grâce à l’un des plans machiavéliques de la Mort. Et force est de constater qu’avec le temps, cette dernière apparaît plus malicieuse encore.


Difficile dès lors d’évoquer « Final Destination — Bloodlines » sans s’attarder sur la prestation de Tony Todd. Le comédien, célèbre pour son rôle dans « Candyman » (1992), mais plus généralement reconnu pour sa carrière dans l’Horreur, apparaît dans pas moins de 5 des 6 « Final Destination ». Depuis le premier film, il y incarne William Bludworth, un inquiétant croque-mort qui en connait un rayon sur le sujet, et aide les protagonistes à en apprendre un peu plus sur ce qu’il leur arrive, en leur foutant bien les chocottes au passage. Le personnage sert de connexion entre tous les épisodes, et il revient donc pour ce nouveau titre. Sauf que Tony Todd est décédé en 2024 des suites d’un cancer, et son apparition dans « Bloodlines » constitue la dernière de sa carrière. Particulièrement émacié, il livre une ultime prestation tout en émotion, puisque son monologue a été improvisé hors script, et lorsqu’il s’adresse aux personnages qui viennent le consulter, c’est aussi à l’audience qu’il s’adresse. Ce sont là les derniers mots d’une légende du Cinéma d’Horreur, transmis directement à toutes celles et ceux qui aiment ce genre et le chérissent. Difficile donc durant cette séquence de retenir ses larmes, alors que le reste du film demeure complètement con.


Le pari était risqué, mais il est clairement brillant, au point que cette suite se révèle comme la meilleure entrée de toute la saga, ce qui, pour un numéro 6 est singulièrement rare. On peut par exemple citer le cas de « Jason Lives » sixième opus haut en couleur de la saga « Friday the 13th ». Parvenant à exister par lui-même, avec sa tonalité et son identité propre, « Final Destination — Bloodlines » réussit à saisir l’essence même de la franchise et lui appliquer le traitement idéal. Outrageusement fun, comme un critique a pu le formuler, le métrage est en plus bourré de clin d’œil. Pas ces clins d’œil qui en appel au fan service, non, davantage des références qui semblent vouloir donner envie a une nouvelle audience de découvrir la franchise. L’équilibre est parfait, tout comme l’exécution.


Il y aurait encore tellement à dire sur ce film, mais le mieux est certainement de le déguster par soi-même, afin d’apercevoir avec quel soin Stein et Lypowski ont su honorer la tâche qui leur a été confiée. Il est rare de voir des suites faites avec autant de passion et de générosité, rendant si plaisant un objet semblant pourtant destiné à du générique. Le plaisir que semble prendre les créateurs de cette œuvre est communicatif, au point que lorsque les crédits débutent, on souhaiterait en avoir encore un petit peu plus. Et c’est là le seul défaut de « Final Destination — Bloodlines » c’est qu’il a presque un goût de trop peu… (Mais ça, c’est moi qui en veux toujours plus !)


Évidemment la tradition n’a pas été oubliée, et une fois de plus des personnages portent le nom de sommités de l’Horreur cinématographique, incarnées par la famille présente dans le film et qui sert de fil conducteur. Elle a deux branches, les Reyes et les Campbell. Reyes est une référence à Xavier Aldana Reyes, un docteur en cinéma, spécialiste de l’Horreur, qui a publié de nombreux ouvrages sur le sujet. Quant à Campbell, c’est un hommage à Bruce Campbell, icône incontestée de l’Horreur bis, bien entendu reconnue pour son rôle de Ash Williams dans la saga « Evil Dead », mais aussi à Neve Campbell, la mythique interprète de Sidney Prescott dans la saga « Scream ». Un personnage à la fin porte également le nom de Reddick, qui n’est autre que le patronyme du créateur de la franchise.


Body count : 7


-Stork._

Peeping_Stork
10
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Stork Top 2025 et Final Destination

Créée

le 25 juin 2025

Critique lue 540 fois

Peeping Stork

Écrit par

Critique lue 540 fois

1

D'autres avis sur Destination finale - Bloodlines

Destination finale -  Bloodlines

Destination finale - Bloodlines

7

the_stone

413 critiques

Fun !

N’ayant vu aucun film de cette franchise des années 2000, je m’attendais à un métrage particulièrement flippant, voire glaçant… Que nenni, Destination finale – Bloodlines est avant tout divertissant...

le 21 juin 2025

Destination finale -  Bloodlines

Destination finale - Bloodlines

5

Tracybv

53 critiques

Critique de Destination finale - Bloodlines par Tracybv

Franchement, je suis déçue. Destination Finale: Bloodlines avait tout pour relancer la saga, et ça commençait vraiment bien. La scène d’ouverture est une claque, intense, spectaculaire, ultra bien...

le 19 mai 2025

Destination finale -  Bloodlines

Destination finale - Bloodlines

6

lugdunum91

620 critiques

Destination Finale – Bloodlines (6.5/10): Le retour sanglant d’une saga culte

Un petit coup de cœur nostalgique, presque une madeleine de Proust pour moi, ce Bloodlines m’a replongé direct dans cette époque où la franchise Destination Finale régnait en maître du gore inventif...

le 18 mai 2025

Du même critique

The Way Back

The Way Back

10

Peeping_Stork

392 critiques

The Way Back (Gavin O’Connor, U.S.A, 2020, 1h48)

Cela fait bien longtemps que je ne cache plus ma sympathie pour Ben Affleck, un comédien trop souvent sous-estimé, qui il est vrai a parfois fait des choix de carrière douteux, capitalisant avec...

le 27 mars 2020

Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

6

Peeping_Stork

392 critiques

Gretel & Hansel (Osgood Perkins, U.S.A, 2020, 1h27)

Déjà auteur du pas terrible ‘’I Am the Pretty Thing That Lives in the House’’ pour Netflix en 2016, Osgood Perkins revient aux affaires avec une version new-Age du conte Hansel & Gretel des...

le 8 avr. 2020

The House on Sorority Row

The House on Sorority Row

9

Peeping_Stork

392 critiques

The House on Sorority House (Mark Rosman, U.S.A, 1982)

Voilà un Slasher bien particulier, qui si dans la forme reprend les codifications du genre, sans forcément les transcender, puisqu’il reste respectueux des conventions misent à l’œuvre depuis 3 ans,...

le 29 févr. 2020