On ne peut pas enlever à Jacques Audiard, décidément un de nos cinéastes les plus éclectiques (cf le récent "Emilia Perez"), une réelle ambition avec "Dheepan", qui aborde frontalement la question des migrants et de la reconstruction après la guerre.
Son traitement anti-glamour — usage de la langue tamoule, acteurs inconnus (l’interprète de la "femme" est tres juste et touchante tandis que celui de Dheepan est plus fade) et cadre grisatre de la banlieue parisienne — est louable.
Le récit suit un ancien combattant sri-lankais qui forme une famille fictive afin d’obtenir l’asile. Cette cellule familiale reconstituée, séduisante en théorie, reste pourtant assez convenue (personnage de la petite fille sous exploité), ce qui limite l’émotion et la force du propos.
Le long métrage peine également à donner une véritable épaisseur sociale à son décor : la banlieue apparaît presque abstraite, marquée par la violence mais privée de ses habitants ordinaires. L’absence de vie collective — voisins, familles, quotidien partagé — affaiblit ainsi le sentiment de réalisme.
Toutefois, le dernier acte vient relever l’intérêt, lorsque
le protagoniste doit reprendre, contre son gré, les armes (facon "Rambo/First Blood" toute proportion gardée).
Bien que maladroite (il semble y avoir eu quelques polemiques lors de la sortie), le parallèle entre guerre civile et la violence sociale des banlieues apporte alors une lecture politique plus stimulante.
La conclusion, en revanche, paraît plus convenue, voir hors de propos
en tombant dans un quasi happy end avec cette terre d’exile idyllique qu’est la Grande Bretagne.
Le film laisse une impression contrastée : une œuvre audacieuse par son sujet et ses intentions, mais inégale dans son traitement.
Petite Palme d’or, petit Audiard.