Une manière comme une autre de creuser sa propre tombe

Voir en 2026 un Tom Cruise bouffi, bedonnant et dégarni renverrait presque le masqué vingt ans en arrière. Soit devant le souvenir de Tonnerre sous les Tropiques et son surprenant caméo qui ne se prenait pas au sérieux.


Pas sûr que ce soit plus le cas aujourd'hui, tellement, dès ces premières minutes, Digger investit le terrain de l'outrance et de la satire poussant très loin tous ses curseurs dans le registre d'une certaine forme de grand cirque irresponsable à l'écran.


Une position tout d'abord très déstabilisante, comme la vision de cet ersatz de chat sentant la forte odeur de l'effet pratique cheap et malfoutu, dont on se demande si c'est de l'art ou du cochon.


Et puis, on se surprend tout d'abord à sourire devant l'absurdité de cette farce du pouvoir, puis à rire franchement. Avant de se glacer. Puis de rire à nouveau. Parce que Digger a beau être exagéré et totalement absurde, une part de soi-même réfléchit et se dit qu'il ne l'est finalement pas tant que cela. En ce sens, la fiction de l'oeuvre sera sans doute vite rattrapée par la réalité. La comédie du pouvoir, mais surtout la bêtise crasse, déjà actuelle malheureusement, des puissants politiques et économiques.


Digger, c'est ce capitalisme sauvage qui vampirise, à, l'image d'un Tom Cruise qui fait littéralement feu de tout bois, et qui vendra la corde avec laquelle le monde sera pendu. Digger, c'est l'apocalypse qui avance inexorablement, à la fois dans un rire sardonique et une crise de larmes de désespoir.


Digger, c'est toute l'hypocrisie et les contradictions de nos modes de vie qui nous éclatent à la gueule dans un discours aussi inattendu que cynique. C'est l'impuissance et les mauvaises décisions systématiquement prises pour résoudre les catastrophes écologiques et scientifiques qui font plus que nous pendre au nez et que nous subissons déjà. Ou encore le rappel de la machinerie des médias, des réseaux sociaux et de la post-vérité ordhestrée par des imbéciles et des inconséquents.


Dans sa galerie de portraits d'incapables au pouvoir où John Goodman étincelle, l'humour déployé par Iňárritu rappelle à l'évidence celui que Tim Burton utilisait à l'écran avec un plaisir de sale gosse dans Mars Attacks. Mais cette fois-ci porté à ébullition. Docteur Folamour, lui, ne doit sans doute pas être loin derrière non plus dans les aspirations du réalisateur.


Un réalisateur qui étire, accumule, distord, étale le ridicule. Il aurait pu s'en tenir là, dans la simple dénonciation énergique, mais bien consensuelle. Comme l'on fait certains de ses collègues en flagrant délit de se prendre le menton entre le pouce et l'index.


Mais alors que Iňárritu change soudainement sa focale, il désarçonne par la même occasion. Et Digger devient à cet instant quelque chose de méta.


Car ce chat aux allures de doudou usé et terriblement lessivé, n'est-ce pas notre monde à qui nous administrons seulement quelque soin dérisoire, palliatif ?


Ce public, n'est-ce pas nous finalement qui le composons ? Et qui avons pris notre parti de la situation, qui l'occultons en regardant ailleurs alors que la catastrophe annoncée est littéralement à nos portes ?


Digger énervera, sans nul doute, par certaines de ses gesticulations à la limite de l'hystérie, digne d'un gamin hyperactif auquel on aurait envie de coller des baffes pour qu'il se tienne enfin tranquille.


Digger énervera à coup sûr dans la mesure où sa caricature sera considérée comme grossière. Et que beaucoup ne comprendrons pas comment se positionner face à elle. Et l'on aura très vite fait de tisser un parallèle avec Birdman, en vous affirmant que Iňárritu se regarde filmer et qu'il fait preuve de complaisance, tant envers lui-même que son personnage principal.


Même si cela n'est parfois pas totalement faux.


Mais au moins, Iňárritu aura le mérite de mettre ses bijoux de famille sur le billot et de ne pas laisser indifférent. Pas comme cette grosse baudruche d'Adam McKay qui, sur le même thème, avec Don't Look Up, s'était contenté de faire ce que la doxa critique attendait de lui : une lamentable choucroute démocrate lisse et inoffensive.


Iňárritu aura enfin le mérite de nous rappeler que la pièce de théâtre la plus triste qui se joue en ce moment, c'est bien celle de notre temps.


Behind_the_Mask, qui continue de creuser pour trouver du pétrole.

Behind_the_Mask
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