8
le 29 sept. 2026
SuivreTom Creuse
Sans spoilerEn cette période incertaine où l’enchaînement des crises s'accélère en intensité et en fréquence, Alejandro Gonzalez Inarritu déploie dans son dernier film Digger un état des lieux des...
J'attendais Digger avec cette impatience particulière qu'on réserve aux promesses rares. Iñárritu derrière la caméra, et devant elle une distribution de premier ordre, de John Goodman à Tom Cruise et Riz Ahmed, ces deux derniers formant un duo qu'on n'imaginait pas partager le même plan. Le film m'a donné autre chose que ce que j'espérais, et peut-être davantage.
Dès les premières minutes, la mise en scène m'a saisi comme on est saisi par le vertige. Iñárritu ne filme pas des lieux, il filme des gouffres. Ses personnages s'égarent dans des décors démesurés, deviennent des silhouettes au bord du cadre, des points minuscules dans des espaces qui les dépassent. Il y a cette demeure isolée en pleine nature, peuplée de trophées de chasse comme un musée de la puissance, et partout des intérieurs stylisés, presque baroques, que l'image d'Emmanuel Lubezki transforme en tableaux vivants. La caméra glisse, recule, plonge, s'attarde en contre-plongée sur ces hommes qui se croient maîtres du monde, et à force de jouer avec les échelles, elle finit par nous retirer le sol sous les pieds. On ne sait plus très bien où l'on se tient, ni à quelle hauteur.
Puis le théâtre s'invite, et le film bascule dans quelque chose de plus trouble, de plus abstrait. J'avoue avoir d'abord résisté, un peu perdu et agacé. Mais lentement, ce qui semblait une échappée devient le cœur même du film. La frontière entre le réel et sa représentation se dissout, et l'on comprend que c'est précisément là qu'Iñárritu voulait nous mener. Impossible, alors, de ne pas entendre l'écho de Birdman, comme une conversation que le cinéaste poursuivrait avec lui-même, dix ans plus tard.
Et il y a la fin. Une fin qui ne referme rien mais qui ouvre une blessure. Le film y révèle sa véritable cruauté. Celle d'un monde qui transforme tout en spectacle, jusqu'à sa propre agonie écologique. Nous regardons les catastrophes comme on regarde une pièce, nous nous émouvons, nous nous indignons, puis le rideau tombe et nous rentrons chez nous. En quittant la salle, j'ai eu la désagréable impression que c'était moi que le film venait de mettre en scène, moi, le spectateur docile de l'effondrement.
Digger est une œuvre ambitieuse, parfois rugueuse, portée par une mise en scène d'une ampleur saisissante et par des acteurs remarquables. Et, Iñárritu ne nous tend pas la main. Il préfère nous bousculer, quitte à nous laisser désarmés.
Créée
le 2 oct. 2026
Modifiée
le 2 oct. 2026
Critique lue 7 fois
8
le 29 sept. 2026
SuivreSans spoilerEn cette période incertaine où l’enchaînement des crises s'accélère en intensité et en fréquence, Alejandro Gonzalez Inarritu déploie dans son dernier film Digger un état des lieux des...
5
le 29 sept. 2026
SuivreAlejandro González Iñárritu revient avec une idée assez folle pour avoir quelque chose de réjouissant : confier à Tom Cruise le rôle d’un magnat du pétrole texan qui provoque une catastrophe...
5
le 1 oct. 2026
SuivreQu'est-ce que cela fait plaisir de voir Tom Cruise acteur de composition revenir, laissant de côté l'action-man. Celui qui a tourné chez Oliver Stone, Paul Thomas Anderson, Stanley Kubrick, Michael...
10
le 21 mars 2026
SuivrePour moi, c'est une très belle surprise. La série démarre avec une maîtrise rare. Tout est précis, presque millimétré. La mise en scène prend son temps, installe une vraie atmosphère et joue avec la...
10
le 1 nov. 2024
SuivreVéritable pépite, cette série brille par une réalisation magistrale et le jeu impeccable de Tom Schilling dans le rôle de Björn Diemel. Chaque épisode nous plonge au cœur de la vie de ce personnage,...
8
le 9 mai 2026
SuivreThe Sheep Detectives est un vrai cosy mystery à l’anglaise : drôle, malin et étonnamment touchant. Le film réussit à donner aux moutons une vraie personnalité et évite le cliché des animaux idiots ou...