Bon sang, je suis définitivement allergique au cinéma d'Inarritu. Devant the revenant, je me rappelle avoir déjà sombré dans un ennui mortel, et toujours aujourd'hui le film peine à marquer ma mémoire. Babel n'a laissé aucun souvenir, ni birdman. Et avec Digger... je n'étais pas sorti d'une salle avant la fin depuis Cosmopolis. Et là, après l'interminable monologue de Tom Cruise devant les nations européennes (traitées comme les merdes vassalisées qu'elles sont, au moins, le film est un peu lucide dans sa gueule de bois), j'ai craqué, je suis sorti. On va maintenant essayer de comprendre pourquoi Digger sera l'échec commercial de l'année et qui sont les margoulins, la société visée ou les producteurs du film.


Il y a un air de Docteur Folamour ici. Et aussi un soupçon de Don't look up. Et un ersatz de Birdman (développé en spoiler). Et autant le déballer tout de suite, la facture technique est de qualité, on sent que l'approche esthétique a été une grande priorité dans le film. Et là dessus, c'est réussi, d'où mon 4. Pour ce qui est des perfs d'acteurs, on commence à virer dans la polémique. J'ai vraiment eu l'impression que Cruise nous servait son interprétation de Di Caprio en plein Scorcese (et ma comparaison sera réutilisée) en pleine roue libre, et dont la performance physique est sans arrêt gâchée par le film. Je dis bien gâchée, car ce film nous prend pour des abrutis. Nous, le public, la société, vous, le sale petit consommateur de merde qui a payé sa place de cinéma et qui dépense de l'énergie pour son petit confort et sa misérable vie égoïste. Et oui, Digger est ce genre de film, un truc qui sous couvert de comédie (je n'ai pas ri), va vous servir 2 heures de morale écologiste d'une lourdeur pachydermique ("On vous a prévenu depuis les années 70" la fameuse époque du refroidissement climatique et du trou dans la couche d'ozone et de la fin des réserves de pétrole) qui nous vend encore le solaire et l'éolien comme des solutions "propres" et qui n'hésitera pas à nous imposer des gags de pets et de vomi pour épicer ses scènes comiques. Tout ceci contribue à mon ennui. Don't look up m'ennuyait déjà, car le fond n'est pas drôle et que la forme est traitée comme un artifice commercial, un tract qui n'avait pas dit son nom. Pareil pour Mickey 17, autre film qu’on nous avait vendu comme une grande attraction et qui se révélait être une fable écologiste crétine et lourde dans un surjeu délirant à la coréenne. Et en plus, il y a Inarritu.


Inarritu... Un artisan somme toute sincère (amour chiennes reste son plus apprécié, et the revenant faisait preuve d'un solide sens de l'esthétique et du plan séquence démonstratif) mais dont les propensions au bavardage et au cabotinage ont eu beaucoup tendance à faire retomber les quelques émotions qui égrainent ses récits dans les méandres de l'indifférence. Car je vais enfoncer le clou ici et dire un truc pas très sympa : inarritu fait depuis birdman des films de festival. Des films taillés pour recevoir des prix. Des oscarisables. Il fait des films pour la critique. On espère que les studios ne regretteront pas les 150 millions d'investissement que le public ne remboursera pas (un des pires démarrages de l'année), et qu'ils se consoleront avec les nombreuses récompenses auxquelles prétendra cet attrape-statuette. Le public n'a pas d'intérêt à ce genre de film, et ça lui prend la tête quand on commence à faire la leçon et quand la seule attraction du film est un Tom Cruise en surjeu. Tom nous avait habitués à bien mieux dans sa carrière. Mais on continue de produire ce type de film typiquement festivalier avec la complète du cahier des charges des quotas et des thèmes abordés en nous vendant cela comme la nouvelle attraction. En ajoutant à cela une esthétique très artificielle et ampoulée qui accentue l’artificialité de la mise en scène et qui nuit à l’immersion.


Et voici la section spoiler :

C’est la goutte d’eau qui a tout fait déborder. A la quarantième minute, le film nous montre que tout cet univers n’est qu’un décor, et que les différents personnages sont en fait des acteurs en train de préparer un spectacle. Et c’est là que j’étais peaumé. Mais alors, de quoi veut parler le film ? Est-il la fable écologiste pour gamin de 10 ans dont il avait tous les attributs, ou un film sur des acteurs prisonniers de leurs rôles et que les tourments de leur existence viennent assaillir au cœur de leur performance ? J’ai longtemps tourné en rond avec cette question pendant que le film avançait, en espérant que j’en saurai plus, mais non, ce n’est jamais allé au-delà. C’était un simple artifice (encore un), un argument un peu foufou (du méta, whaou) pour justifier l’esthétique alambiquée et le surjeu complet associé à la lourdeur des effets comiques. Et c’est un clin d’œil à Birdman. C’est tout. Mais ça remet en question toute cette fable du coup. Puisque cette fable n’est qu’une œuvre interprétée, elle n’a plus d’ampleur. La suspension d’incrédulité est détruite pour justifier un parti pris artistique. Ceci est du niveau d’une fin de film qui conclurait en nous disant que c’était un rêve et que rien n’est arrivé, ou un retour dans le temps qui annulerait tout le récit. Ca ne se fait pas, par respect pour le spectateur qui s’est investi. Mais ce film ne respecte pas le spectateur. Il lui crache allègrement à la gueule, et c’est là que la comparaison avec Scorcese revient. Vous rappellez vous du Loup de Wall Street ? Je l’avais trouvé sympa, mais avec le temps, le film devient de plus en plus antipathique. Car il crache sur son public, dénonce son avidité, lui impose des scènes de cul sur un ton léger pour lui démontrer qu’il est un peu comme ce mec… J’ai l’impression que pour faire un film moderne d’ampleur, il faut dénoncer un truc qui éclabousse le public. C’est un procédé qui peut être très approprié, mais qui devient redondant. C’est carrément lourd ici.


Et donc, même si le film a choisi de dénoncer la participation du public à l’écocide (déjà en venant voir le film), il va surtout se contenter de nous donner le personnage de Digger comme bouc émissaire en accumulant les caricatures du riche industriel du pétrole qui accumulera les poncifs et enfoncera des portes ouvertes pendant la durée intégrale du film. C’est simple, sans prise de risques, convenu, et on peut même faire passer cela pour une comédie en forçant la mise en scène et le surjeu à la Less Grossman de Tom Cruise, qui s’éclate à nous refaire du Di Caprio. Techniquement, c’est à la hauteur. Dans le fond, c’est insipide et inutile. Aucun débat ni aucune piste de réflexion, absolument rien de nouveau dans l’éco-anxiété depuis 1970. Le film nous sort la métaphore d’un chat à bout de souffle qu’on refuse de laisser mourir. Ils y voient là le mode de vie capitaliste des exploitants du pétrole. Moi, j’y vois un Hollywood complètement hors sol qui fait des films pour s’auto-valider, et qui ne font qu’accumuler les râteaux, en insultant leur public au passage.


Faites donc un geste pour la planète, n'allez pas voir ce film. Utilisez l'argent de la place pour planter des arbres ou un potager.


Voracinéphile
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