"Disclisure Day" ou ce que tout le monde savait déjà. Il y a quelque chose d'étrange à entrer dans le film comme on entre dans une église qu'on fréquente depuis l'enfance, les vitraux sont connus, les bancs familiers, et pourtant on s'assoit, et pourtant on attend quelque chose.
Spielberg a passé cinquante ans à nous préparer à ce moment. Roy Neary est monté dans le vaisseau. Elliot a dit au revoir sous la pluie. Le cinéaste boucle aujourd'hui ce cycle avec la tranquille assurance de celui qui n'a plus rien à prouver, et c'est précisément ce qui rend le film à la fois admirable et légèrement irritant.
La filiation avec "Rencontres du troisième type" ne fait aucun doute dès les premières images, et Emily Blunt n'a fait que confirmer l'évidence durant la promotion. Deux faces d'une même pièce, un diptyque presque trop déclaré. Le premier contact appartient désormais au passé, au passé du film comme à celui du cinéma, et il s'agit cette fois de porter la nouvelle à l'humanité toute entière.
Le glissement d'échelle est vertigineux sur le papier. Dans les faits, le film avance en terrain balisé, ses enjeux se révèlent tôt, et ses clés de lecture n'ont guère évolué depuis 1978.
On pourrait le reprocher au cinéaste. On peut aussi y voir autre chose : non un film à mystères, mais un puzzle dont on possède depuis longtemps l'image complète, auquel il manquait encore deux pièces, les personnages d'Emily Blunt et Josh O'Connor. Une fois ces pièces posées au bon endroit, le cycle se referme. Proprement, presque mathématiquement.
Là où "Disclosure Day" est plus subtil qu'il n'y paraît, c'est dans le déplacement discret de sa question centrale. Il ne s'agit pas tant de savoir comment l'humanité réagira à l'annonce, mais de comprendre pourquoi nous tenons pour acquis qu'elle y réagira mal. C'est, en creux, un film sur notre perte de foi en nous-mêmes, hormis les appels répétés à Dieu de façon un peu douteuse.
Le personnage de Colin Firth, antagoniste trop caricatural en surface, finit par incarner quelque chose de plus troublant : le cynisme érigé en système, la peur institutionnalisée en protocole de surveillance. Face à lui, Hugo, l'optimiste solaire de Colman Domingo, n'est peut-être rien d'autre que le double de Spielberg, celui qui orchestre la révélation, réunit ses acteurs devant la caméra, les ramène dans le passé reconstitué de la maison de Margaret. Le metteur en scène dans le film, servant de relais entre le message et le reste du monde.
Ce n'est d'ailleurs pas le message qui importe, celui que Josh O'Connor énonce au détour d'une conversation avec une désinvolture presque provocatrice, mais sa transmission.
C'est pourquoi la fin, qui ne manquera pas d'agacer une partie de la salle, est tout à fait à propos. Il n'était pas nécessaire d'expliciter ce que le cinéaste dit depuis la fin des années soixante-dix. Tout le monde avait compris. Le geste vaut davantage que la révélation.
"Disclosure Day" s'inscrit aussi dans la réflexion que Spielberg menait dans "The Fabelmans" sur le pouvoir de l'image, mais en délaissant l'intime et l'artistique pour une approche résolument médiatique. À l'heure de la post-vérité et de la désinformation de masse, où la vérité passe au mieux pour un avis, au pire pour une menace, le film remet au centre la question de la véracité des preuves. La séquence où une présentatrice télé répète, la voix brisée, qu'elle ne sait pas quoi dire, les images parlant d'elles-mêmes, est l'une des plus poignantes du film.
Et le tour de passe-passe qui consiste ensuite à balayer d'un revers de main l'hypothèse d'une manipulation par intelligence artificielle, battant en brèche tout cynisme résiduel, est peut-être le geste le plus personnel que Spielberg se soit permis depuis longtemps.
Reste, oui, le personnage-outil de Jane et quelques dialogues à gros souliers qui trahissent une urgence de tout dire. Reste un manichéisme dont on aurait pu se passer, une feuille de route qui laisse peu de place à la surprise. Mais quand le film montre l'humanité à l'unisson, battant d'un même pouls dans des scènes ouvertement "cliché", quelque chose passe quand même, parce que la candeur de Spielberg est intacte, et qu'elle reste une denrée rare.
Une partie du public le descendra, une autre le défendra avec ferveur, d'autres encore agiteront un drapeau blanc. Ce débat-là, au fond, est peut-être la dernière pièce du puzzle, celle que le film ne pose pas, mais qu'il laisse à notre charge.