C'est avec une certaine curiosité que je me suis précipité voir le nouveau film de Spielberg, un cinéaste dont je n'ai jamais apprécié les films. Et ce Disclosure Day est finalement dans la droite ligne de ce que j'ai toujours détesté chez lui : son idéalisme et sa ringardise.
Un jeune mathématicien s'empare de secrets appartenant à une organisation gouvernementale composée d'hommes en noir conduisant des voitures noires. En parallèle, une présentatrice météo développe d'étranges pouvoirs et ressent un lien inexplicable avec lui. Ensemble, ils vont chercher à comprendre ce qui leur arrive tout en échappant à cette société secrète. Au bout d'une trentaine de minutes seulement, le film révèle ce que sa bande-annonce annonçait déjà : il y a des extraterrestres sur Terre, nous ne sommes pas seuls dans l'univers.
Toute cette révélation, censée constituer l'enjeu central du récit, semble finalement dépourvue de conséquences. Le film repose sur une course-poursuite interminable entre deux lanceurs d'alerte et une organisation maléfique, sans jamais parvenir à justifier l'importance de la vérité qu'il prétend défendre. On sort de la séance en se demandant : il existe de la vie ailleurs, et alors ? Le film s'arrête net sur la révélation de l'existance des aliens à la télévision et s'arrête net.
Les personnages ne parviennent jamais à porter le récit. Nos deux héros, que tout oppose, se révèlent être des sortes d'élus extraterrestres après avoir été kidnappés dans leur enfance. Deux enfants américains, bien sûr. Spielberg semble être le seul à ne pas connaître le fameux meme « how aliens in movies see Earth ». Leurs trajectoires respectives, tout comme leurs drames personnels, peinent à se rejoindre et n'apportent jamais de véritable profondeur à un scénario extrêmement narratif, entièrement soumis à sa mécanique de poursuite.
Le film accumule les éléments loufoques ou inutiles. À quoi sert la copine du protagoniste ? Son intrigue avec les nonnes paraît totalement anecdotique. Elle semble surtout exister pour ne froisser personne. On notera ce moment assez révélateur où une religieuse prend le temps de préciser que Dieu a créé la vie sur Terre mais que, si l'on interprète correctement les textes, il pourrait aussi y avoir de la vie ailleurs. De la même manière, plusieurs rebondissements reposent sur des facilités scénaristiques assez grossières. Comment le personnage d'Emily Blunt parvient-il exactement à libérer son compagnon de captivité ? Le film semble oublier ses propres règles.
La grande révélation extraterrestre est décevante à plusieurs niveaux. Visuellement d'abord : les aliens verts aux gros yeux relèvent d'un imaginaire tellement daté qu'il en devient risible. Narrativement ensuite : l'annonce de leur existence arrive tardivement et ses conséquences ne sont jamais explorées. On aperçoit quelques passagers choqués dans le métro, une présentatrice qui perd ses mots à l'antenne, puis le film s'arrête pratiquement là.
La question qui devrait pourtant constituer le cœur du projet n'est jamais posée : que changerait réellement une telle révélation ? Quels bouleversements politiques, sociaux ou religieux provoquerait-elle ? Spielberg ne semble pas intéressé par ces questions. Le film accumule les références à la Zone 51, aux complots gouvernementaux, à Roswell et aux soucoupes volantes, russes en chapka. Non pas comme un hommage conscient à un imaginaire passé, mais avec un premier degré qui les rend anachroniques et risible. Les extraterrestres sont là. Ils se sont visiblement beaucoup écrasés sur Terre si l'on en croit les archives du film. La Terre est un crash test. Ils ont kidnappé deux enfants auxquels ils ont offert des capacités particulières. Et voilà. Le film ne pose qu'une question, somme nous seuls dans l'univers ? Et la réponse dans la bande annonce.
C'est peut-être là que se situe le véritable problème du film. Disclosure Day passe son temps à affirmer l'importance de révéler une part cachée du réel tout en fuyant constamment le réel lui-même. À quel moment le film parle-t-il réellement de notre époque ? Tout semble se dérouler dans un monde parallèle où les médias possèdent encore une autorité incontestée. Or, depuis le 11 septembre, depuis le Covid, depuis la multiplication des théories du complot en ligne, la télévision n'occupe plus du tout la même place dans l'espace public. Spielberg ne paraît jamais conscient de cette évolution. Hormis une remarque rapide sur l'intelligence artificielle, le film semble considérer qu'une annonce de cette ampleur serait immédiatement acceptée par tous.
C'est pourtant dans cet après-révélation que se trouvait le véritable sujet. Voir comment une société contemporaine réagirait à une telle information aurait été infiniment plus passionnant qu'une simple course-poursuite entre héros et agents secrets. Spielberg semble davantage fasciné par une question qui le titille personnellement : sommes-nous seuls dans l'univers ? que par ses implications concrètes et matérielles. Il se satisfait du "oui ou non". Sauf que la question, à elle seule, ne suffit plus. Ce qui importe, ce n'est pas tant de savoir si les extraterrestres existent que de comprendre ce que cette découverte changerait matériellement dans nos vies.
Reste la mise en scène. Spielberg conserve une maîtrise technique impressionnante. Les mouvements de caméra sont fluides, l'espace demeure parfaitement lisible et chaque séquence bénéficie d'un savoir-faire accumulé sur plusieurs décennies. Le réalisateur joue avec tous ce que le cinéma peut offrir : la lumière, les effets spéciaux et les déplacements de caméra d'une ampleur renversante pour maintenir le dynamisme. Quant à la musique de John Williams, elle rappelle une fois encore le talent d'un compositeur qui continue d'impressionner à plus de 90 ans.
Avec ce nouveau film, Spielberg semble entrer dans cette phase du grand réalisateur devenu anachronique, déconnecté à la fois du monde contemporain et des évolutions du cinéma. Une trajectoire que peu de cinéastes évitent. Seul Martin Scorsese continue aujourd'hui à interroger son époque et le cinéma sans se réfugier dans les mythologies qui ont fait son succès.