Doit-on tout expliquer ? Allons plus loin. Doit-on tout expliquer quand on fait un énième film sur la vie extraterrestre ? Poursuivons l'exercice de pensée. Chaque détail d'un univers science-fictif doit-il automatiquement être justifié ? Dans les films de Spielberg, y compris son dernier film, Disclosure Day, qualifié par son créateur de film somme, il n'y a pas de place pour le mystère. Présenté sous la forme d'un film à thèse et antithèse (Colman Domingo vs Colin Firth), "D. Day" s'inscrit dans la ligne directe d'E.T. et de Rencontres du troisième type, comme s'il voulait en faire une synthèse.
Sorti quelques mois après Projet dernière chance, buddy movie entre un alien et un humain scientifique, film plein d'incohérences mais truffé d'humour et de tendresse, "D. Day" décide d'adopter le point de vue politique du lanceur d'alerte. Cela permet de rester dans l'époque contemporaine, celle des fake news et de la post-vérité, des révélations ("disclosure") de scandales, de la montée des fascismes (bien en place aux États-Unis, avec une police politique redoutable qui chasse les étrangers) et à l'aube d'un conflit mondial. Il y a quelques années, Spielberg avait déjà réalisé un film sur des lanceurs d'alerte au sujet d'un scandale politique : Pentagon papers, il n'en reste pas grand chose dans "D. Day".
Les scènes d'action n'ont pas à rougir, surtout quand elles sont effleurées par un effet burlesque qui exagère la situation. Ce sont les scènes de dialogue, la quête à tout prix des bons sentiments et la volonté de tout expliquer (en reconstituant une maison d'enfance et de conte blablabla), c'est-à-dire les moments "spielbergiens" qui plombent le film.
La première heure, celle des récits parallèles qui convergent en une histoire, est globalement réussie, car stimulante (on doit attendre un peu avant de comprendre de quoi on cause), la deuxième heure est alourdie jusqu'au finale, qui est attendu (vu qu'on nous a tout expliqué gentiment et que finalement ça ne pose pas de problèmes aux religieuses), et sans véritable émotion (parce qu'on nous a tout expliqué gentiment).
À l'heure du complotismes, pas sûr qu'il faille tout expliquer. Ni la science, ni la religion, ni les contes, ni les lanceurs d'alerte n'expliquent tout. Le miracle, c'est qu'on aura d'ailleurs compris la métaphore sans qu'il nous la dise trop fort.