Ne me considérant pas comme un grand admirateur de Spielberg, et n'ayant pas eu la chance de découvrir ses films phares dans ma jeunesse - Jurassic Park ou Indiana Jones, vus trop tard pour en ressentir la magie - je n'en garde pas un souvenir particulièrement marquant. Quant à E.T., je le crois sincèrement inaccessible à quiconque dépasse les quinze ans. Mon regard sur le cinéaste reste donc mitigé. Cela dit, je lui reconnais volontiers quelques réussites : Jaws, pour la tension qu'il installe avec une économie de moyens remarquable, et La Liste de Schindler, dont la gravité force le respect.


Concernant ses œuvres les plus récentes, la critique est consensuelle : West Side Story et The Fabelmans sont deux échecs. J'ai particulièrement détesté ce dernier - pour son caractère autobiographique factice, sa reconstruction qui manque de spontanéité, mais aussi pour la philosophie sous-jacente de l'œuvre : l'idée selon laquelle on deviendrait artiste par révélation, dans son cas cette scène du train qui déraille, laquelle l'aurait traumatisé avant de lui révéler que le cinéma peut transformer cette peur en mise en scène et en création, et donc ce qui expliquerait qu'il soit devenu artiste. Une vision purement idéaliste, à la Platon, à laquelle je n'adhère pas. Tout comme à cette idée selon laquelle l'art cinématographique serait une catharsis nous permettant de nous soigner de nos traumas.


Bref, je n'attendais pas grand chose de son prochain film, et voilà que tonton Spielberg décide de nous offrir un nouvel épisode sur l'une de ses grandes obsessions : les extraterrestres.


Il me semble nécessaire de rappeler que ce sujet est éminemment scientifique, et qu'il ne fait pas actuellement consensus. La multiplicité des théories est pourtant passionnante en soi : les conditions physico-chimiques exceptionnelles nécessaires à l'émergence d'une vie intelligente, l'incapacité à communiquer entre humains et aliens en raison des distances prohibitives, la théorie du grand filtre, ou encore l'idée que notre technologie serait bien trop primitive face à ce que d'autres intelligences auraient pu créer. Notre anthropocentrisme nous met particulièrement à mal pour appréhender ces théories.


Et justement, parlons-en, de cet anthropocentrisme.


Spielberg nous livre ici la représentation la plus caricaturale du sujet : des petits êtres chétifs à grosses têtes et aux yeux noirs, des images d'archives dissimulées par l'État, des soucoupes volantes, des aliens torturés. On est là sur une vision digne d'un complotisme bas étage.


Soyons honnête : l'idée d'un techno-thriller centré sur les conséquences d'une telle révélation n'est pas mauvaise en soi. Au contraire, j'étais relativement captivé par la perspective de voir mises en images les répercussions mondiales d'un tel événement. On notera également le dynamisme et le sens du mouvement propres à l'auteur, malgré des scènes d'action saturées de CGI superflus. Mais force est de constater que le sujet n'est jamais traité avec la profondeur qu'il mérite. La révélation elle-même se résume à une séquence finale où une présentatrice TV perd ses moyens devant des images d'archives : une scène qui sombre dans le pathos et le kitsch. Le noyau pourtant fertile du film, à savoir l'inquiétude sociétale et philosophique d'une telle révélation, la profondeur des conséquences qu'elle pourrait engendrer sur les terriens, a été largement balayé. On notera aussi que la bande originale de John Williams, de qualité très moyenne, achève de tirer l'ensemble vers le bas.


Spielberg partait donc sur un thriller politique qui aurait pu m'intéresser : mais il replonge (et moi avec) dans son imaginaire d'enfant et rejoue sa propre mythologie de cinéaste, reconstituant ce décor emblématique comme s'il rejouait son mythe fondateur : un terrain de jeu désormais éculé. Une fois de plus, il emballe un traumatisme et une révélation gigantesque dans les formes du conte, transformant son personnage en héros investi d'un destin supérieur.


Face à l'exigence de vérité brute, adulte et politique qu'une telle révélation aurait pu incarner, et qui aurait pu capter tout mon intérêt, lequel n'a pas tenu au-delà d'une heure, on se cogne à ce goût spielbergien indéracinable pour la fable enfantine et la mise en scène protectrice, qui donne l'impression qu'on continue, malgré tout, à "raconter une histoire" pour rendre la vérité supportable. Alors même que le personnage principal n'avait de cesse de répéter qu'il ne fallait pas infantiliser la population, digne d'entendre la sacro-sainte Vérité.


Spielberg a fait le choix du conte là où on attendait le documentaire. Pour ceux qui ont une appétence plus scientifique et un goût prononcé pour la recherche de la vérité brute : passez votre chemin.

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le 14 juin 2026

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