In media res : se dit d'un procédé narratif qui plonge le spectateur / lecteur dès le prologue au cœur d'une action déjà en cours, sans en avoir détaillé au préalable tous tenants ou aboutissants.

Ainsi nous accueille la dernière œuvre de Spielberg dès l'ouverture au sein d'une foule déchainée, dans les marges d'un complot protégé, sous le regard apeuré d'un lanceur d'alertes dépassé. Le thriller politique est lancé tambour battant.

Pourtant, dès cette bonne idée d'introduction, des doutes sur la cohérence des événements se présentent : on fait rester le héros à sa place, pour finalement le faire sortir; c'est imprécis.

Puis on assiste à une évasion plutôt molle face à des gardes passifs. On s'apprête à poursuivre les échappés, mais on ne le fait pas, sans véritable explication. Quoi ? Mais alors, il y a un plan B ? On a de quoi localiser les fuyards, sans doute. Eh bien non. Enfin, on parle de gardiens acharnés de la vérité cachée, et ils se laissent blouser sans panique ?


Bien sûr qu'il ne faut pas se poser tant de questions devant un film. Surtout dès le début, sinon c'est mal barré. Mais là, difficile d'oublier les interrogations qui naissent face à l'enchainement d'incongruités. A plusieurs reprises, cela semble mal pensé et le suspense ne décolle pas. Car la menace n'a rien d'étouffant, rien d'acharné. Vu les enjeux, elle devrait l'être, ô combien !

Ce versant thriller ayant du plomb dans l'aile, on se penche avec plaisir sur un autre pan de l'aventure, qui présente une journaliste météo désirant monter en grade sur une chaîne locale de Kansas City. Ici, l'exposition est de mise, en opposition au In media res précédent. Mais l'exposition est fûtée, sensible, et parvient en un petit-déjeuner à établir un personnage, à lui donner un intérêt et une sympathie, tout en lui gardant du mystère.

Puis une intervention inattendue lance ce personnage vers son destin, et le film prend son envol car il tire un fil inattendu dans le genre. Il ouvre grand des questions abyssales.


En attendant la collision attendue entre ces deux versants, il faut malheureusement voir le premier multiplier les faux pas (infiltration si mal inspirée qu'elle en paraît grotesque, poursuite censée haletante où tous les conducteurs ont l'air de patienter, et surtout scène surréaliste en haut d'une falaise au bord d'un lac, où la mise en place et les réactions des poursuivants flirtent avec l'amateurisme... Incroyable). Mais qu'est qui se passe, bon sang ? C'est tellement étrange de voir ce grand nom de Spielberg balbutier à ce point, lui qui se jetait à corps perdus il y a peu dans son West side story bourré d'inventivité et d'inventions, des corps et des dialogues virevoltants sous la caméra enthousiaste d'un véritable adolescent qui semblait faire son premier film et vouloir y jeter mille clins d'œil et trouvailles.

Ici, tout patine. Et tout tient grâce au mystère et l'électrochoc qu'on devine, qu'on attend, qu'on espère. On s'y raccroche en comptant les quelques pieds de nez de mise en scène d'un artisan qui normalement les multiplie (moment de calme entre des cordes de piano vibrantes d'angoisse, travaux d'intérieur d'un groupe qui semble construire un décor dont on ne comprend rien au début...)


Alors quand viennent enfin les moments de révélation du film, le manque d'ampleur et les pièges de la mièvrerie parachèvent le sentiment de déception. Le pinacle manque sa marche, en particulier parce qu'il semble mal pensé lui aussi, du moins pas pensé dans son intégralité. Beaucoup d'éléments sentent le raccourci et l'inexactitude.

La bonne idée du décor est mal expliquée, et elle est sous-exploitée. Il faudra se contenter de voir deux personnages, côte à côte, soudain figés dans cette position, devenir des spectateurs d'un moment dont l'onirisme ne s'assume pas.

Quant à l'acte final, il déroule tranquillement son contenu et échoue complètement à illustrer ses conséquences. De l'impact mondial, il faudra se contenter de quelques soldats portant la chapka devant leur téléphone (?), puis des innombrables réactions états-uniennes.

Ceci est un travers typique du genre, mais quel dommage de voir Spielberg tomber dedans.

Quant à la démarche des héros, j'imagine que certains y verront l'optimisme salutaire de leur chef d'orchestre rêveur, d'autres une naïveté confondante, d'autres se diront que cette pirouette de la révélation ayant une conséquence bienvenue sur la marche menaçante du monde a déjà été vue plusieurs fois par ailleurs.


Pour ma part, ce fut la frustration de n'avoir en tête qu'une interminable liste de questions. Mais pas des questions intéressantes qui ouvrirait les limites du récit. Non, des doutes face à une histoire que je soupçonne de ne pas avoir véritablement des réponses.

Je les soumets ici sous balises anti-spoil :

Mais c'était quoi, leur plan, à ces extra-terrestres ? Trouver des interlocuteurs, c'est tout ? Bon sang, n'y avait-il pas moins alambiqué, et plus efficace ? Pourquoi lâcher l'affaire si longtemps et ne pas suivre les évolutions de leur projet de modification du cerveau de ces deux enfants ? C'est ultra risqué, leur calcul. Uniquement sur deux personnes ? C'est une technologie ultra-avancée mais ultra-limitée ? Et c'est très long à porter ses fruits. Ou bien c'était une simple mesure de précaution à mettre en mouvement en cas de menace de 3e guerre mondiale ? Ce qui expliquerait "l'activation" de l'héroïne, mais pas celle du héros qui a eu lieu des années auparavant.

Alors une fois le contact établi, quel est le but ? Se présenter au monde ? Sortir des archives classifiées ? Mais pourquoi se prendre le chou; il n'y a qu'à poser leurs immenses vaisseaux en ville, et le tour est joué.

Ensuite, qu'est-ce qui se passe avec les crop circle auto-générés ? Ils sont produits par qui ? Les visiteurs ? Le héros ? Et ils servent à quoi ? Ca sent le money shot destiné à la bande-annonce, sans grand projet derrière.

Sont-ils de plusieurs espèces ? On en voit des grands, des petits, mais pourtant semblables d'apparence (lookés à l'ancienne; là aussi ce choix ravira les puristes et décevra ceux qui attendent des nouveautés). On nous dit qu'ils peuvent se présenter sous forme d'animaux, mais on ne sait pas trop lesquels ni pourquoi ils ne le font pas tout le temps. Les vaisseaux aussi sont peut-être issus de cultures différentes. Mais cet axe prometteur n'est pas creusé, et on ne sait rien de tout ça.

Il a fallu atteindre cette fin et se dire ; non, décidément, je ne trouve aucun charme ni surprise à ces nouvelles questions jetées à l'univers de la part d'un habitué du genre.

Parfois, les grands noms vous permettent de passer outre la déception. Parfois, ils l'accentuent.

Oneiro
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le 15 juin 2026

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Oneiro

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