Tonton Steven est de retour après le brillantissime Fabelmans sorti il y a quatre ans déjà. Retour aux premières amours ?
Le monde part en cacahuète et la Troisième Guerre mondiale est sur le point d’exploser. Parmi les agences secrètes US, il y a Wardex dont la mission est de protéger les secrets en rapport avec les apparitions extraterrestres. Des lanceurs d’alerte se mettent en tête de rendre la vérité au monde.
En effet, de prime abord, on est plongé dans un thriller paranoïaque comme on en faisait dans les seventies. En effet aussi, ici, l’ET est avant tout le messager d’une humanité perdue en chemin. Sur le fond, c’est donc bien un retour aux sources pour Spielberg. Surtout, il appuie de nouveau sur la nécessité de l’empathie et le rejet de la peur aveugle et aveuglante. On pense forcément à ET ou à Rencontre du Troisième type, c’est comme un prolongement. Derrière cet attachement à l’ami imaginaire venu d’ailleurs, il y a aussi l’intérêt pour la narration. Il s’agit moins de savoir ce qui est vrai que de comprendre comment la vérité se raconte. Et là, plusieurs possibilités face à nous. D’abord, ce Disclosure Day est la continuité SF de Fablemans : la caméra est l’agent révélateur et elle se porte donc garante de la vérité. On peut commenter les suppositions et les théories mais on ne pose pas de mots sur l’évidence de l’image. Ensuite, tout est tu, rien n’est dit : le secret, pour ne pas dire le complot, c’est l’histoire qu’on ne peut raconter car le public est jugé incapable de comprendre ce récit. Enfin, « la vérité est ailleurs » comme dirait l’autre : Pour cacher une histoire, le mieux est encore d’en inventer une autre et c’est tout le rôle du cinéma et donc de la grammaire de l’image animée que de proposer au quidam de se plonger dans une histoire qui lui fera oublier toutes celles qu’on ne lui raconte pas. Spielberg complotiste ? Le complotiste n’est-il pas avant tout un conteur ? À l’heure de la vérité alternative, il y a autant de récits que d’énonciateurs. À l’heure de l’IA générative, il y a autant de vérités que d’images.
Tout cela est très intéressant sur le papier mais on doit reconnaître que le rendu n’est pas toujours à la hauteur. Ainsi, l’intrigue patine un peu en enchaîne des séquences qui semblent empruntées ailleurs. La mise en scène fonctionne mais on n’y cherchera pas un éclat particulier. On aimera en revanche beaucoup l’interprétation, Emily Blunt en particulier et toutes les touches humanistes un peu naïves du film.
Donc ? Pas un grand Spielberg, le film est agréable et intéressant dans son propos mais il peine à marquer par manque d’ambition. On ne s’y ennuie pas mais pourtant, on lui enlèverait bien un peu gras.
>>> La scène qu’on retiendra ? La diffusion des images secrètes, condensé de pop culture américaine. Comme chez Shyamalan, la vérité est à l’écran.