(Vu le 13/07/26)

Steven Spielberg retourne au film de science-fiction et plus spécifiquement au film sur les extraterrestres pour offrir une parabole touchante pleine d'humanité. Le film peut paraître assez candide et simpliste sur son fond, mais il se révèle beau parce qu'il est d'une épure claire dans son message et, en même temps, très sinueux et tortueux dans sa forme. L'œuvre a d'abord le visage d'un thriller ufologiste qui s'inspire du cinéma paranoïaque américain des années 1970 en nous embarquant immédiatement dans l'action. Le premier plan est littéralement un coup de pied face caméra d'un catcheur à un autre que l'on voit dans sa propre subjectivité. Étant donné que le long-métrage se base sur le fait qu'il faille dévoiler ou non la vérité extraterrestre, vérité cachée par d'obscures organisations à la solde de l'État voulant préserver la compréhension que l'humain a de lui et de l'univers qui l'entoure, choisir le catch n'est pas anodin puisque c'est un sport jouant constamment sur la frontière floue entre le simulacre et la tangibilité. En tout cas, le personnage joué par Josh O'Connor, Daniel, a bien l'intention de dévoiler la vérité au grand jour, car l'humanité a le droit de savoir, même si cela peut bousculer ses propres croyances. Elle a le droit d'avoir cette révélation, titre même du film renvoyant à l'Apocalypse de la Bible. Cette révélation se révèle avec parcimonie par ce jeu de lens flare et de lumière devenant de plus en plus aveuglante et pénétrant la pénombre qui teinte tout le début du film. D'ailleurs, ce début a le bon ton de nous embarquer avec vigueur et rythme sans donner toutes les clés de compréhension, à l'instar du monde dont il est composé étant donné que des organismes secrets et des artefacts occultes interfèrent dans un monde à l'aube d'une Troisième Guerre mondiale.

En même temps que nous suivons ce lanceur d'alerte transportant des vidéos très compromettantes, converge dans le récit une présentatrice météo, Margaret, interprétée par Emily Blunt, qui se voit possédée par d'étranges comportements. Elle parle d'autres langues que la sienne et elle peut lire dans les pensées d'autrui, oubliant elle-même tout ce qu'elle vient de dire ou faire. Au cours du récit, elle peut apparaître sous la forme d'une personne défunte face à son interlocuteur ou son interlocutrice. Elle est le personnage qui porte le message messianique, celui qui lui a été transmis par les extraterrestres. Tandis que le protagoniste d'O'Connor est celui pouvant décoder les messages extraterrestres puisqu'il peut comprendre le langage universel des mathématiques. Tous deux, sans le savoir, ont vécu lors de leur enfance une expérience de contact avec les extraterrestres afin de devenir les intermédiaires entre l'humanité et les visiteurs extraterrestres. Tandis qu'Hugo, un dissident qui travaillait dans l'agence Wardex que dirige l'antagoniste du récit, Scalon, veut recréer les souvenirs de la femme en reconstituant à l'identique la maison d'enfance de Margaret dans un hangar. Il est un pur alter ego de Spielberg, un chef d'orchestre remettant en scène le passé pour mettre à nu ce dévoilement. En outre, la maison ressemble très fortement aux maisons pavillonnaires typiques des petites banlieues qu'aime tant filmer le cinéaste. Une façon de scruter sans cesse le passé pour faire émerger du sens dans le présent.

De ce fait, il est évident que nous pouvons faire le lien avec Rencontre du troisième type ou E.T., sauf que Disclosure Day ne s'attarde ni sur l'obsession d'un homme pour les entités spatiales ni sur une amitié profonde entre un humain et un extraterrestre. Le film va davantage vouloir se porter à une échelle mondiale et sur la transmission d'un message urgent. Une urgence que l'on trouve dans La Guerre des mondes, sauf que Disclosure Day n'a pas la volonté de montrer une entité négative voulant mettre fin au monde, bien au contraire. Spielberg propose un grand film religieux en avançant par une série de micro-révélations intimes et de plusieurs épiphanies permettant de réunir cette Trinité. C'est une expérience lumineuse, éclatante et gracieuse, mais pouvant être inquiétante par endroits comme ce souvenir à la fois doux et traumatique des extraterrestres ayant l'apparence d'animaux et qui amènent Margaret enfant dans une maison digne du conte d'Hansel et Gretel. Mais comme souvent chez le réalisateur, il faut passer par le traumatisme pour trouver un nouveau regard. D'ailleurs, cette dichotomie entre la beauté trouble et l'étrangeté fantasmagorique d'un conte résonne beaucoup avec A.I.

Mais encore une fois, A.I. restait dans une quête très intime d'un jeune Mécha cherchant à trouver l'amour auprès de sa mère en devenant un garçon en chair et en os. Ce n'est pas une famille qui est dysfonctionnelle dans Disclosure Day, c'est carrément la planète entière. Il est vrai que Spielberg aurait pu davantage mettre en avant l'implosion à venir de nos sociétés, chose assez sous-traitée, mais cela n'enlève en rien l'aisance et l'évidence d'une mise en scène accompagnant avec ferveur cette quête du dévoilement et de la communion. La fluidité mobile de la caméra tente de réunir les personnages se trouvant à distance alors qu'ils communiquent sans le savoir. Le mouvement intense exploite cet espace de communication à distance pour peu à peu joindre les deux bouts et chercher la notion d'empathie chère au long-métrage. C'est également un duel mental constant entre le doute et la foi, le visible et l'invisible, à l'image de Scalon qui veut contrôler à distance l'amie de Daniel tandis qu'elle lutte pour ne pas se faire posséder totalement en empoignant jusqu'au sang son crucifix. En effet, Scalon incarne ce doute voulant empêcher l'avènement d'une nouvelle qui ferait basculer le monde, mais lui-même doute du bien-fondé de sa mission jusqu'à céder et accepter le lâcher-prise face à la révélation.

Une révélation se faisant sous la forme d'une cérémonie télévisuelle pour reprendre les mots de Josué Morel de Critikat. Alors qu'après l'intense cavale, les images sont enfin exposées au monde entier, les spectateurs restent bouche bée face au défilé d'images des extraterrestres de Roswell. Par ailleurs, l'idée de reprendre le cliché des petits hommes gris fait écho au retour originel du traumatisme puisque c'est Roswell qui a mythologisé à jamais les extraterrestres dans l'inconscient collectif. Personne ne sait quoi dire face aux images puis à l'apparition de ce vieil extraterrestre qui transmet le message aux deux protagonistes principaux. Peut-être que ce silence est la foi en chacun qui se révèle pour regagner les âmes vidées de croyance. La foi passe ainsi dans les images d'une société pourtant saturée par la désinformation. Par conséquent, c'est la foi dans le cinéma lui-même qui, par la fiction, permet de réenchanter le regard, l'esprit et le cœur étant donné que cette idée de révélation se fait par le processus cinématographique. Ce dernier permet définitivement de retrouver foi dans la vérité des images. C'est enfin une invitation à sauter dans l'inconnu, non seulement l'inconnu au-delà de notre système solaire, mais aussi l'inconnu qui est en nous, c'est-à-dire s'écouter soi-même pour mieux écouter son prochain.

SimBoth
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le 26 juil. 2026

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