L’ambiguïté morale de Dites-lui que je l’aime brosse le portrait d’un personnage principal apparemment bien sous tous rapports, appliqué au travail et soucieux de la santé de ses parents, auxquels il rend visite les week-ends, pour mieux sonder la violence sourde qui s’extériorise progressivement sur son entourage. Le voilà tour à tour bourreau et victime, prédateur sexuel et amant tourmenté, révélé dans une complexité que Claude Miller dévoile comme un enquêteur remonte une piste criminelle : la première partie de son film est minutieusement datée et localisée, lui conférant des allures de polar qui se métamorphose à mesure que la focalisation revient à Juliette, fascinée par lui au point de le suivre dans ses déplacements, puis à David Martinaud : les images du cinéaste deviennent alors les images de personnages à même de refléter leurs fantasmes, leurs désirs et leur angoisse profonde.

Nous retrouvons déjà la posture de spectateur liée à une pulsion scopique qui fera la force de Mortelle Randonnée six ans plus tard : nous entrons dans leur tête et voyons le monde avec leurs yeux, éprouvant par l’esthétique la thèse de Schopenhauer selon laquelle « le monde est ma représentation ». Plus le long métrage avance et plus il se voit contaminer par les hallucinations, jusqu’à la clausule magnifique qui brise le verre des cloisons comme volait en éclats celui qui protégeait le tableau baroque. Porté par de remarquables comédiens, Dites-lui que je l’aime orchestre avec maestria ce choc entre la réalité documentaire et la fiction rêvée, cette dernière prenant le pas sur la première dans une accélération mélodramatique mémorable.

Créée

le 13 avr. 2024

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