Dans cette comédie grinçante, Ali Asgari explore le courage et l’abnégation nécessaires pour préserver son intégrité artistique, un combat qui prend une dimension presque biblique dans un régime aussi oppressif que celui des ayatollahs.
Bahman (Bahman Ark), cinéaste à Téhéran, se prépare à vivre une journée bien chargée. Accompagné de sa compagne et productrice Sadaf (Sadaf Asgari), il sillonne Téhéran sur sa Vespa, déterminé à projeter son dernier film dans la capitale iranienne. Mais avant cela, il doit affronter la terrible commission de la censure du régime et imaginer des plans alternatifs, hors des circuits officiels.
Comme le résumé le suggère, Divine Comedy s’inscrit dans une mise en abyme directe de la situation vécue par le réalisateur Ali Asgari avec son précédent film Chroniques de Téhéran. Mais cet exercice n’est pas un documentaire pour autant. Les personnages sont des doubles fictionnalisés de leurs comédiens, et réalité et fiction s’entremêlent pour donner une vision jazzy, kafkaïennes et très humaniste de la quête de ce héros défendant la liberté artistique dans un régime opprimant.
Par les tourments introspectifs de son personnage, le film évoque Woody Allen, Jean-Luc Godard ou encore Charlie Kaufmann, le génial scénariste new-yorkais, lui aussi roi de la remise en question de l’artiste tourmenté. Difficile de ne pas penser à Dans la peau de John Malkovich ou Adaptation.
Au premier abord, tout cela évoque un film de festival un peu autocentré, où un cinéaste se regarde créer. Il a d’ailleurs remporté le prix du dernier Festival International du Film de Fribourg. Mais malgré tout le courage artistique et politique de Bahman/Ali Asgari, on ne peut s’empêcher de n’y voir qu’une certaine élite, certes minorisée et écrasée par le régime, mais quand même privilégiée au regard du quotidien de la majorité des citoyens iraniens, dont un tiers se retrouve sous le seuil de pauvreté.
Heureusement, le film est plus qu’un simple exercice de style pour festival. Sa manière de filmer Téhéran comme une ville douce aux couleurs tendres et pastels tranche avec les images plus austères habituellement associées à la capitale iranienne. Les dialogues sont piquants, les références sont foisonnantes, l’humour est mordant. Mais surtout, le regard est bienveillant, y compris sur les agents de l’état, qui échappent à la caricature pour exister comme des individus à part entière.
Ali Asgari parle donc de son pays et de cinéma avec beaucoup d’amour et de passion. On aurait tort de ne pas gouter à cette générosité et de ne pas lui rendre, ne serait-ce qu’une petite fraction, de cet enthousiasme, et espérer qu’il parviendra lui aussi au bout de sa quête.