Tarantino regarde en arrière et s'interroge

Les films de Tarantino ont quelque chose d’enfantin. Comme s’il s’était obstiné à ne pas accepter une certaine maturité, et à filmer à travers des ornières. En 25 ans, il est parvenu à créer sa pâte, son style, identifiable entre mille, que l’on aime ou que l’on déteste, mais qui lui appartient.

Pendant plusieurs années, il est resté dans le même registre, arcbouté dans ses références et sa culture. En d’autres termes, dans sa bulle. Sa bulle faite de films plus ou moins connus auxquels il rend un hommage parfois brillant (« Pulp Fiction », « Kill Bill 2 »), parfois un peu moins (« Death proof »). Tarantino, c’était le verbe, la musique, la violence, la mise en scène, l’humour, mais il restait dans un contexte qui lui était familier, dont il connaissait les règles, dans lequel il se sentait en sécurité. Comme un enfant, effrayé par l’inconnu.

Mais Tarantino, depuis « Inglorious Basterds », semble vouloir grandir. Il donne à son cinéma une nouvelle tournure. Dorénavant, il s’intéresse à ce qu’il s’est passé avant. Il s’intéresse à l’Histoire. Et il tente de nous donner sa vision des choses, et comment il pense qu’il se serait comporté s’il avait été là.

Le point commun entre ses deux derniers films est qu’ils traitent de l’extermination de personnes par d’autres personnes. Ils racontent une histoire avec des victimes et des bourreaux, les rôles de chacun ne faisant pas le moindre doute. Et lorsqu’il raconte, Tarantino tente de trouver une solution a posteriori. Il tente de rendre justice aux victimes en éliminant les bourreaux comme ils le méritent. Selon Tarantino, la meilleure des justices aurait été que les juifs tuent les nazis eux-mêmes et que les esclaves tuent les blancs eux-mêmes. Point. De nouveau, une vengeance. Un raisonnement un peu immature, un peu enfantin, mais en parfaite adéquation avec son cinéma. Tarantino manque probablement d’éléments et d’informations historiques, mais il n’en a pas besoin. Il entend traiter le sujet à sa manière : avec du verbe, de la musique, de la violence, de la mise en scène et de l’humour.
AlexLeFieutard
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le 22 mars 2013

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