"Django Unchained" (avec un d muet) est un drôle de western fait par Tarantino en 2012 qui utilise la légende des Niebelungen dans un contexte d'un Texas esclavagiste, deux ans avant la guerre de Sécession …
C'est un western où le héros, enfin celui qui sert de fil rouge, est noir, ancien esclave émancipé par un chasseur de prime (allemand) qui avait besoin de lui pour reconnaître des bandits recherchés, anciens gardiens d'une plantation …
Ayant eu connaissance du sujet, je n'avais pas voulu aller le voir à la sortie malgré les avis très positifs. Parce que, deux ou trois ans auparavant j'avais été sérieusement échaudé par "Inglorious Bastards", dont je n'avais pas apprécié du tout qu'on se permette de refaire l'histoire de la Shoah (pour faire simple) et surtout d'en modifier le sens.
Dans "Django Unchained", on est en 1858 soit deux ans avant le début de la guerre de sécession. Autant dire que le scénario écrit par Tarantino est hautement improbable. D'ailleurs, je ne crois pas que l'Histoire ait retenu un tel héros, ni que le contexte ait pu le rendre seulement possible. Par ailleurs, le film regorge d'incohérences historiques comme le Ku Klux Klan qui a (forcément) été créé en 1865 après la fin de la guerre de Sécession ou encore la dynamite qui n'a été inventée qu'en 1866 …
Bon, tout ceci signifie juste une chose, c'est qu'il ne faut pas tenter de relier le film de Tarantino à l'Histoire. Il vaut mieux prendre le film comme une allégorie ou à la limite comme un fantasme.
Une chose est sûre, c'est que le film n'est pas manichéen car aucun des héros n'est irréprochable, les noirs comme les blancs esclavagistes ou pas. A l'exception toutefois de Broomhilda qui joue dans le registre de la vertu martyrisée.
En ce qui concerne la mise en scène, Tarantino a fait un film dont on ne voit pas passer les 2h30 de projection. Comme souvent, il alterne les scènes d'action plutôt violentes avec les longs dialogues dont il est assez spécialiste. Même si globalement le film reste assez prévisible.
Des scènes remarquablement bien faites, par exemple la négociation entre l'esclavagiste Candie (Di Caprio) et le tandem Walz / Django. En opposition, les duels (au pistolet ou au fusil) sont en droite ligne inspirés des westerns spaghetti ou de Peckimpah avec les petits geysers de sang ou encore les sauts en arrière (remarquables) des futurs cadavres. J'avoue que ça a tendance à me lasser très vite mais c'est tellement devenu la figure obligée que s'en passer doit être difficile. Là en plus, il y a une dimension jouissive à voir les suprémacistes blancs tomber comme des mouches. A l'actif de Tarantino, les gens ont appris à tirer car une balle peut suffire à tuer (au contraire des westerns italiens, d'Eastwood ou Peckimpah).
Mais le film vaut pour le casting efficace et bien choisi :
Jamie Foxx, efficace et sobre dans le rôle de Django, Christoph Walz dans le rôle du pseudo dentiste mais vrai chasseur de primes, un peu moins cabotin que dans "Inglorious bbastards", Di Caprio dans le rôle de l'infâme et retors esclavagiste, capable de changer brutalement de registre.
Deux acteurs sortent du lot :
Samuel L. Jackson dans le rôle du majordome noir qui s'est rangé définitivement du côté de ses maîtres contre les esclaves. Son regard malveillant et inquiétant fait merveille.
Kerry Washington, très belle, dans le rôle de Broomhilda dont on aurait bien aimé un rôle plus étendu. Ses répliques étant peu nombreuses, elle n'a pas dû avoir trop de difficultés pour les retenir … Dommage
La bande originale du film mélange divers morceaux toujours bien à propos. On y trouve même une surprenante "Lettre à Elise" jouée à la harpe.
Au final, c'est un western qu'il faut regarder en évitant d'y chercher la vraisemblance face au sujet de l'esclavagisme dans le sud des USA avant la guerre de Secession. Pour ma part, j'ai mieux apprécié ce western que "Inglorious Bastards" même si les liens au western spaghetti (Corbucci notamment) sont très évidents, ce qui n'est pas forcément ma tasse de thé.
Un film qui parle et stigmatise l'esclavagisme est toujours bon à prendre mais "Django Unchained" a -t-il bien rempli son contrat sur le sujet ?