Un film sans trame principale, c'est estimer qu'il y a une épaisse toile de fond capable de compenser l'absence de structure claire, et que chaque séquence a été pensée comme une cellule autonome suffisamment riche et travaillée pour porter per se un propos, en même de temps que de participer indirectement au projet plus large du film.
Spire Lee pense avoir ces deux ingrédients, il pense que son amalgame informe de scènes décousues permet de donner un esprit au quartier qu'il investit, censé être une sorte théâtre des petites interactions de la vie, animé par sa radio locale et sa pizzeria. Mais il ne suffit de mal filmer des plans pendant 2 heures pour y arriver (mais l'ennuie n'attend même pas les premières vingt minutes pour nous faire soupirer). Et il ne suffit pas non plus de louer une grue mobile et d'élever la caméra à chaque fin de scène pour donner l'impression que les personnages appartiennent au tout homogène du petit quartier.
Choisir au montage de garder cette durée de visionnage c'est juger que le film réussit son pari, qu'au fond c'est du Fellini ou du Bergman avec beaucoup de noirs. Après tout on a fait comme eux hein ? Des scènes un peu bizarres où on comprend pas trop, des plans vlatinpa chelous, et vaguement foutre du sens ci de là, nan ça là, nan çà et là, voilà, je parle du dernier celui poétique.
Sa façon de cadrer témoigne d'une insolence boursouflée. Non un zoom lent ne permet pas par magie de faire grimper une tension ou une confrontation entre deux personnages. Et avant de faire des plans obliques, de jouer avec les arrière-plans (parce qu'il fallait bien surligner que le quartier fait interpénétrer les récits de tout un chacun), et de manière générale de bouger la caméra comme un illuminé crépusculaire (qui aurait l'inventivité de mon lavabo bouché), il faut savoir cadrer des plans.
Je ne sais pas comment sa note moyenne peut être 4.4 sur Letterboxd. Il existe bien d'autres films et œuvres artistiques qui traitent du même sujet avec une qualité incomparablement meilleure.
J'espère que ma mémoire aura de la pitié, et que ce qu'il en reste partira à la poubelle non-recyclable.