Adaptation du roman éponyme de Stephen King, Doctor Sleep tente de faire le lien entre les visions de Stanley Kubrick et celles de son auteur d’origine, dans un exercice d’équilibriste parfois inspiré, souvent maladroit.
J’ai été sincèrement happé par les vingt premières et vingt dernières minutes du film, où Mike Flanagan retrouve avec respect et précision l’esthétique de Shining : que ce soit par la reconstitution sonore, la tension lancinante des couloirs de l’Overlook, ou le mimétisme habile de certains acteurs, l’hommage fonctionne. On y trouve aussi, et c’est un vrai plus, une représentation bien plus convaincante de l’emprise de l’alcool sur Danny, que celle sur son père dans le film original.
Mais entre ces moments de grâce, le reste s’égare. La "tribu" du Nœud Vrai sonne comme une invention calibrée pour une série Netflix : personnages creux, jamais développés, uniquement bons à être sacrifiés, à l’image aussi de Billy, dont la mort passe inaperçue tant il est inconsistant. Les effets spéciaux sont d’une platitude affligeante – la lévitation de Rose, la "vapeur" des âmes – et un fond sonore cardiaque omniprésent finit par me vriller la tête. Le casting oscille entre solide (Ewan McGregor, Zahn McClarnon, Carl Lumbly) et très maladroit (Kyliegh Curran est vraiment peu convaincante, Cliff Curtis et Rebecca Ferguson sont prisonniers de personnages inintéressants). Le tout est malgré tout lesté aussi par quelques clins d’œil trop appuyés, comme le flashback de Wendy dans la salle de bain, qui manque cruellement de finesse.
En sortant, je reste partagé : quelques instants de cinéma m’ont fait frissonner et ce retour a l'Overlook Hotel m'a captivé, mais le reste ne suit pas.