En quelques mots:

Marcello, toiletteur pour chiens dans une banlieue italienne, être aussi frêle qu’attachant, est exploité et harcelé par son ami Simoncino, un dealer brutal qui fait régner la terreur sur le quartier.


Et en un peu plus:

En Sicile, la Cosa Nostra est surnommée la « pieuvre ». Quel meilleur animal pour peindre la mafia, son réseau tentaculaire d’influences, la menace sourde qu’elle constitue, léviathan des temps modernes dont la souplesse et l’agilité lui permettent de résister aux efforts de la lutte contre la criminalité ?

La capacité du céphalopode mafieux à s’insinuer dans les moindres interstices des structures dans lesquelles elle s’installe s’exprime de façon saisissante dans Dogman. Dans la continuité de Gomorra (2008) qui adaptait le roman éponyme de Roberto Saviano – en raison duquel, rappelons-le, celui-ci est encore aujourd’hui sous protection policière permanente – et brossait un effrayant portrait de la Camorra à Naples, le film de Matteo Garrone prend cette fois place dans une cité balnéaire sans nom, rongée par la rouille et la pauvreté, dans laquelle la mafia n’est jamais désignée comme telle, mais suinte de chaque pore des édifices miteux, des humains et des affaires au mieux un peu louches qu’elle abrite. Elle a donc déjà fait son office, déjà tout foutu en l’air, prenant appui sur la précarité des plus fragiles, normalisant leur exploitation.

Ainsi, Marcello doit-il se consacrer à de menus trafics de stupéfiants pour arrondir les fins de mois misérables que lui octroie son activité de toiletteur pour chiens. On ne lui en veut pas, il est tellement brave, bon avec sa fille, doux avec ses bêtes, quand bien même celles-ci, parfois molossoïdes, se révèlent à l’occasion très menaçantes. On ne lui en veut pas tant il fait bon cœur contre mauvaise fortune, on se dit même qu’on peut le comprendre. On s’enrage ensuite à le voir grugé, brimé, exploité, violenté par Simoncino, une brute qu’il continue pourtant à considérer, par fidélité ou par soumission, comme son ami. On se dit qu’il est traité comme un chien, moins bien qu’un chien même, du moins en ce qui concerne ceux qui finissent dans son salon où la grâce des gestes, le temps consacré à la luisance du poil, les regards pleins d’entendements silencieux, tissent un réseau de communication superbe entre humains et animaux.

Toute la puissance de Dogman se révèle cependant dans la confrontation de ce portrait d’un homme tout en douceur, fragile et aimant, avec une bestialité d’abord exogène, puis endogène, à l’image du dernier tiers du film qui verra s’opérer entre Marcello et Simoncino, sorte de mafieux sans famille dont ne resterait que la part de violence et le désir de régner comme un chien sur sa meute, un renversement des rapports de force, voire de soumission, aussi brutal qu’inattendu. La loi du plus fort semble s’imposer de fait comme la seule possible, transformant les humains en monstres de chairs, d’os et de cris. Parler la langue des chiens n’y fera rien. Telle est la tragédie que dessine Dogman, en passant par le drame, puis une forme d’horreur, dans une œuvre dont le pessimisme n’a d’égale que la beauté saisissante des images qui le dépeignent – comme si pour dire la défaite d’un monde en proie à la pieuvre du crime et de la pauvreté, il fallait encore chercher quelque chose à sauver.


Pour le cinéclub,

Olivier Vonlanthen

FenêtresSurCour
8

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Saison 2025-2026 - On n'est pas des chiens

Créée

le 13 août 2026

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