On le sait, jeux vidéos et cinéma n’ont jamais fait bon ménage, les vraies bonnes adaptations se comptent sur les griffes d’une patte supérieur de T-Rex, mais qu’à cela ne tienne concernant ce Doom, j’ai d’ailleurs tellement usé la cartouche de SNES étant gosse qu’il fallait bien voir ce qu’ils avaient bien pu en faire sur grand écran. C’est Universal qui s’y colle en 2005 en engageant un directeur de photographie réputé pour des films comme Speed, L’Associé du Diable ou encore L’Arme Fatale 4 comme réalisateur, un choix qui ici peut toutefois se comprendre tellement le projet se veut essentiellement basé sur action, au diable la mise en scène.


Généralement ce qui m’agace dans ce genre de script c’est à quel point les producteurs et scénaristes n’en on strictement rien à foutre de l’essence même du jeu qu’ils adaptent, le pire exemple reste je pense Resident EvilPaul W. S. Anderson s’était appliqué à éluder tout ce qui faisait le charme de la franchise vidéo-ludique en terme d’univers, on est passé du commissariat glauque de Raccoon à des labos aseptisés, tout n’était que froideur et ennui, paradoxal pour un truc qui se devait être gore, fun et flippant. Concernant Doom on est presque dans le même cas de figure, Andrzej Bartkowiak ne se sert pas de ce fameux climat ultra anxiogène du FPS de 93, nous sommes sur Mars, certes, mais littéralement enfermé dans des labos (oui encore, décidément) et de longs et sombres couloirs d’acier. Et nous ne sommes pas seul puisqu'une équipe de clichés sur pattes est constituée : le bourrin, le psychopathe, le black cool, le gentil, le rookie, le commandant un brin sadique, bref tout le monde est là, la dream team (soupir). Voilà déjà on est directement au courant du schéma survival classique des films de genre, on connait déjà la fin, après vous me direz ce type de divertissement se savoure au second degré, personnellement je ne l’ai aucunement pris au sérieux, j’espérais juste qu’il ne me prenne pas pour un abruti, c’est le minimum que je demande.


Donc le scénario est simple - des marines doivent enquêter sur de mystérieuses mutations dues à des expériences qui auraient mal tournées, ils se mettent donc à fouiller les environs aidés par une scientifique, et accessoirement sœur du héros, et se retrouvent attaqués par des créatures monstrueuses - mais en même temps il veut s’émanciper du jeu d’origine et c’est bien normal pour constituer une trame qui tient la route sur un format de plus d’1h30, même si rien ne surprend véritablement. Enfin contrairement à Resident Evil ici on nous sert de vrais moments qui valent leur pesant de cacahuètes, rien que l’aspect des "démons", les flingues, et puis surtout cette fameuse séquence en vue subjective (j’y reviendrai). Le rythme lui est un peu hasardeux, disons que le film met un temps fou à démarrer et paradoxalement il introduit mal ses personnages, notamment ceux de Karl Urban et Dwayne Johnson, à la limite le plus intéressant est celui de Rosamund Pike qui réussit l’exploit de rendre son rôle éloigné de la potiche de service, d’habitude les jolies scientifiques au cinéma ne sont pas crédibles (n’y voyez aucun sexisme) mais ici ça fonctionne, faut dire que c’est une très bonne actrice, c’est elle qui tient l’intrigue entre ses mains, les autres ne sont que de gros bras qui shootent, se font contaminer ou buter.


Autre paradoxe, assez édifiant, c’est que Bartkowiak (qui est je le rappelle à l’origine directeur de photographie) ne sait pas gérer l’éclairage de son film, tout est foutrement trop sombre, on peine parfois à distinguer ce qui se passe, du coup on perd en fluidité et le visionnage n’est pas toujours très agréable. De plus l’histoire s’embourbe dans un truc assez abracadabrantesque à coup de séquences manquant cruellement de maitrise technique et directive, on sent que le réalisateur veut nous offrir du fun et il y arrive par petites touches, involontairement d’ailleurs, comme lors de ce combat entre un des marines et une créature dans cette sorte d’arène électrifiée, c’est rendu drôle, jamais Ridley Scott aurait eu une idée pareil pour Alien. D’ailleurs on remarque que les bestioles apparaissent souvent de nulle part sans aucune tension particulière si ce n’est un petit grognement tout mignon, mais je le répète leur aspect est vraiment cool, heureusement. Ce qui m’a par contre littéralement estomaqué c’est la psychologie du perso de Dwayne Johnson qui se mue en Hitler 2.0, tu n’obéis pas aux ordres je te tire une balle dans la tête, bam, direct, du coup à la fin on ne sait plus vraiment qui est le méchant, mais tout cela se réglera aux armes et aux poings, à coup de testostérone quoi !


Le long métrage arrive à sa fin, pile poil pour nous donner ce qu’on attend depuis le début, ce fameux plan séquence en vue subjective, on a d’ailleurs l’étrange impression que tout le pognon est passé là dedans en repensant à la contenance faiblarde du reste du dossier, et même si il apparait comme franchement gratuit il reste fun. Bien que je l’ai trouvé passablement lent, il aurait sans doute gagné à être plus rythmé et délirant, le côté gore est au rendez-vous et l’immersion qui était jusqu’à présent fragile se retrouve optimale pendant 5 petites minutes, c’est déjà ça. Je me demande d’ailleurs ce que ça aurait pu donner si le film avait été intégralement filmé de cette manière, si ça aurait été pertinent, je pense tout de même que la lassitude du procédé se serait faite sentir et l’identification au FPS n’a pas nécessairement besoin d’être poussée à l’extrême pour ravir le fan et/ou le spectateur concerné, au final la séquence se développe comme un level, c’est une capture, une vie, même si nous n’avons pas la manette en mains.


Doom reste sous ses aspects de nanar une des moins pires adaptations de jeux vidéos, le film a beau avoir une tripoté de défauts l’expérience n’est pas si pénible qu’elle en a l’air, un divertissement certes bas de gamme mais qui propose quelques bribes d’ambiance en accord avec son sujet. Il est cependant évident que le projet méritait une meilleure mise en scène malgré tout, au moins un minimum car c’est la principale lacune, le réalisateur ne s’emploie que trop rarement à rendre un contenu trépident, de plus l’intrigue manque d’effets de surprise, mais le fun est là, on ne retiendra que ça … et Rosamund Pike, qui reste très pro tout charme déployé.

Le 29 août 2015

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