Dossier 137, le nouveau film de Dominik Moll (La nuit du 12), met en scène l'IGPN, Inspection Générale de la Police Nationale, pendant les Gilets Jaunes. Décrivant la vie d'une fonctionnaire face à une machine administrative déshumanisée, Dossier 137 adopte le point de vue inverse de Bac nord (on enquête sur les flics). La parole policière est pleine de mauvaise foi, ce qui crée sur le public au mieux un rire nerveux, au pire un fort sentiment de colère. Se référant à La Haine par son générique en photos de révolte, Dominik Moll n'appelle pas à la haine pour autant. Jamais manichéen, le film pousse un cri de révolte sur l'immense fracture du pays.
La cinématographie française consacrée aux Gilets Jaunes est déjà riche de quelques films, d'Un pays qui se tient sage, le documentaire choc sur les violences policières de David Dufresne à La fracture, de Catherine Corsini, film de fiction plutôt consacré aux fractures sociales qui pourrissent le pays, et Dominik Moll, avec un peu plus de recul, en tente une synthèse.
Parfois trop écrit (et donc joué de manière trop forcée, sauf par Léa Drucker qui porte le film avec autant d'investissement que son personnage cette enquête), Dossier 137 veut tout décortiquer, pour faire de ce cas la synthèse des problèmes internes à la police (surcharge, violence, manque de consignes, mauvaise réputation et impunité) et se montrer le plus objectif possible. Moins militant que Dufresne mais moins naïf que Corsini, Dominik Moll appelle à une impossible réconciliation (l'impasse qu'on avait déjà dans La nuit du 12), sans doute conscient qu'elle est aussi improbable que le fait de finir ce film avec Zaï Zaï Zaï Zaï de Joe Dassin (référence à FabCaro à ne pas exclure).