Sagement attendu comme tous les films de son auteur, le nouveau film du talentueux Dominique Moll, réalisateur français assidu et subtil, s’étant fait connaître dans la lumière par son dernier film La Nuit du 12, film ô combien passionnant et alarmant, laisse présager une confirmation de son cinéma chirurgical en voie d’une autopsie diluée dans la sphère policière.
Ainsi, cette nouvelle investigation semblait véritablement perdurer plus profondément cette fois-ci, avec la question et les enjeux du système policier, après La Nuit du 12, dans ce qu’il y a de plus complexe.
Après visionnage, la réussite est là, la force du précédent film de l’auteur est toujours là, l’âme et l’esprit narratif deviennent le mode de fabrique du film qui reste simple mais extrêmement percutant : une investigation de l’IGPN au sein des enjeux qui ont entouré les multiples incidents policiers lors des émeutes des gilets jaunes en 2018.
C’est encore une fois par un sujet sensible et complexe que Dominic Moll choisit d’entreprendre son inspection dans l’actualité où le sujet sur les violences policières ne fait que s’étendre dans l’opinion publique, un sujet bien plus complexe qu’il n’y paraît.
De la même manière que pour La Nuit du 12, Moll inspecte, étudie, analyse, dissèque chaque parcelle du système policier, ou en tout cas tout ce qui l’englobe, via le point de vue de l’IGPN, la fameuse police des polices.
Dominik Moll réussit brillamment encore une fois à retranscrire toute la complexité de ces enquêtes, en empruntant au pur film d’enquête. Ici, pas d’action, moins de moments forts (La Nuit du 12), mais le film reste pour autant aussi puissant que son confrère par cette réalisation soignée, sobre mais très convaincante, ingénieuse, de la même manière que pour La Nuit du 12. Glacial mais authentique. Ici, pas de clichés, pas de grandes scènes d’action : on est dans le brut, le vrai, ce qui accentue cette force de réalisme sur un sujet extrêmement bien traité et documenté tout au long des 1h55 de film.
Sans oublier la force de ses comédiens, ou plutôt de sa comédienne : Léa Drucker, incroyable de justesse dans ce rôle aussi déterminé qu’attachant, encore une fois un rôle d’une authenticité rare et juste pour une excellente comédienne.
Il serait encore long de parler de ce film tant la justesse de sa narration est aussi bonne que sa volonté de pleinement développer chaque engrenage de ce système français.
Pour autant, le film de Dominik Moll n’est pas un film à surinterpréter. Il est à découvrir et visionner par plaisir et par intérêt de suivre cette enquête, qui, de la même manière que pour La Nuit du 12, n’a volontairement aucun enjeu dans sa finalité pour pleinement chercher à réfléchir sur ces situations. Ce ne sont pas les hommes qu’il faut changer mais leurs rouages, leur système, leur discipline. Ici, pas de film pro-gilets jaunes ou anti-flics, juste un film qui cherche à comprendre la France de 2025/2018, sans aucun jugement, mais juste des questionnements, des réponses, et parfois des incompréhensions, ce qui en fait la force de ce superbe film.
Pour autant, cette détermination à ne pas vouloir dresser un bilan, ou plutôt une réponse à l’enquête, peut être frustrante. Moll utilise plutôt la facilité dans son déroulement final. Selon l’avis de votre humble serviteur, cela semble un petit peu non précis, voire incohérent, pour un film qui se veut purement et honnêtement authentique.
Après le brillant La Nuit du 12, Dominik Moll revient encore pour nous disséquer à sa manière un système en crise de la manière la plus authentique et honnête possible, par sa force de réalisation et le talent de ses comédiens, ce qui prouve que Dominik Moll est tout bonnement l’un des auteurs français les plus brillants à l’heure actuelle, jouant aussi bien sur l’enquête d’un système en crise, qu’il soit juridique, policier ou criminel.
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Dossier 137 : 8,5/10