La nuit du 12 (2022) de Dominik Moll était une véritable réussite.
Un polar haletant tout en immersion autour d'une enquête irrésolue sur un féminicide. La force du film résidait dans le fait que nous ne connaissions pas le coupable. Tous les hommes auraient pu l'être.
Dominik Moll et son scénariste Gilles Marchand récidivent puisque dans Dossier 137 (2025) nous avons deux coupables sans qu'on puisse en déterminer un seul et donc aucune condamnation.
Une astuce scénaristique qui nous laisse à la surface de ce qu'on a vu. On ne sait si le film veut réconcilier la France des Gilets jaunes avec celle des gilets balistiques.
L'inspection à laquelle nous assistons (avec toutes les ficelles du polar dont de nombreuses filatures très gratuites), c'est avant toute celle de Stéphanie (magnifique Léa Drucker), enquêtrice à l’IGPN, la police des polices, toute en introspection, enlisée dans ses paradoxes au point que ses tiraillements surplombent l'idée de vérité.
Un film qui n'apporte rien à ce que nous savons déjà et dont le résultat n'est pas plus intéressant qu'un débat sur BFMTV.
"Zaï zaï zaï zaï " comme chante Joe Dassin.
PS: Ma critique concernant Dossier 137 (2025) de Dominik Moll a suscité quelques émois sur Facebook.
Voici mon ultime réponse :
" Le mot "radical" était un contrechamp à ta réaction, à ta façon de dire "à l'os, sans fioritures." Si tu veux pour moi un film à l'os, sans fioritures ou radical, c'est Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pasolini, pour prendre un exemple flagrant.
Dossier 137 (2025) de Dominik Moll, n'est un film pas inintéressant, mais il ne changera en rien mon regard et ma façon de penser.
Je peux entendre l'espoir que tu portes en ce film et le fait que je le trouve très quelconque a l'air de te chagriner.
Je viens de revoir tous les films de Jean Eustache et comme lui je pense que les films ne servent à rien au-delà de leur fonction. De manière individuelle, pour peu qu'on soit en marge, il est des films qui peuvent changer nos vies et même être des vitamines pour la vie. Nos propres vies. Collectivement, non. Si les films avaient une importance au-delà de leur statut, nous ne serions pas dans la France rance (Sollers) actuelle. 400 000 personnes au mieux vont aller voir Dossier 137 et ça ne changera rien à l'éclatement de notre société.
Le dialogue commence quand on prend acte que chacun a ses raisons. Dire "tu es passé à côté " ce n'est pas du dialogue. ça voudrait dire que seul toi as su voir le film et parce que mon avis est différent, je ne l'ai pas bien vu. Certes, je ne l'ai pas vu comme tu aurais voulu que je le voie, mais c'est ainsi. Si je trouve que le film est paresseux et ne va pas plus loin que ce qu'il annonce et que toi, tu estimes (que tu surestimes selon moi mais je n'ai pas forcément raison) que c'est un film important et qu'il peut faire le lien entre la France des gilets jaunes et celle des gilets balistiques. Nos appréciations diffèrent et alors ? Pas grave.
Ce qui m'intéresse avant tout dans un film, c'est le style du cinéaste. Dossier 137, c'est très pauvre cinématographiquement, des plans style autoscopie pour les témoignages, une poursuite dans le métro façon Melville et complètement gratuite par rapport au sujet, on prend scénaristiquement le spectateur en otage pendant 20 mn pour accoucher d'une souris, les plans de chats pour nous mettre en alerte et symboliser le détournement de notre vigilance et l'achèvement de nos démocraties finissantes, les interrogatoires des gradés des services de police très quelconques, je ne reviens pas sur mes critiques passées, tu feras le rajout.
Réellement un film où je me suis véritablement ennuyé. Du Bfmtv en différé. Je sauve une seule scène, c'est celle où Léa Drucker se retrouve face à sa directrice. On sent la névrose de classe que vit Stéphanie. Etre de Saint-Dizier et , en même temps, appartenir à la police. Le cul entre deux pôles. Forcément son regard est biaisé. Thèse : la police tire et blesse. Antithèse : c'est plus complexe que ça en a l'air , tout n'est pas si noir, ou tout blanc. Et " les mots des pauvres gens; Ne rentre pas trop tard surtout ne prends pas froid." en arrière-fond, comme une chanson de Léo Ferré. "Avec le temps va, tout s'en va". Synthèse : "Le premier qui dit la vérité doit fermer sa gueule". Ou on trouve les raisons de la lui fermer.
J'ai bien vu, me semble-t-il , Dossier 137 d'autant que quand je m'ennuie, je dissèque, j'analyse, je prends distance. Non, nous n'avons pas forcément toujours le même regard et c'est tant mieux.
Ma critique première, c'est que Dossier 137 est typiquement le film SoSo. Acronyme que j'avais inventé à une époque où je voyais beaucoup de films français. SoSo : sociologique & social (voire sociétal). Quand la démonstration du message est plus importante que le film lui-même. Je m'explique. Je prends un exemple qui va te parler. Tu prends un film de Tarantino, tu jubiles et au-delà de ta jubilation, tu auras peut-être perçu un discours ou manifeste autre que le film lui-même. Même s'il ne s'attaque pas frontalement à des thèmes SoSo, Tarantino est bien plus un réalisateur politique que Dominik Moll. Mieux Tarantino est un cinéaste politique, par son style et sa manière de filmer.
Dossier 137 n''est au final qu'un film à thèse en vue d'un débat sur l'IGPN avec quelques astuces de scénario pour arriver à la conclusion suivante : deux coupables et donc aucun. Responsables mais pas coupables. Un film rétrospectif déjà démodé.
SoSo, plan-plan et baille-baille.
Et ça n'enlève rien au fait que La nuit du 12 est un film magistral et indispensable.".