Malgré une énième interprétation brillante de Lea Drucker, le film se perd dans un didactisme flagrant et un impossible abandon. Dans une perpétuelle maîtrise, semblant trop conscient des enjeux d'un récit qui surpassent l'intérêt de la narration, le film se perd à trop vouloir nous guider.
Les méandres de l'enquête paraissent un parcours fléché, nous dirigeant avec insistance, le regard devant se poser au delà de nos désirs, mais du besoin de la structure, de cet échafaudage, tout sauf discret, qui cherche en permanence à questionner tout en nous glissant les réponses subrepticement.
Le film se base sur l'opposition, cette structure se répète sans cesse, un ancien mari flic, sa nouvelle compagne membre des syndicats de police, sa hiérarchie, un témoin récalcitrant, des flics mis en cause peu conciliants, le refus d'admettre la vérité même face à l'image témoin.
Alors que le film remonte le fil de la vérité par le biais de l'image, celle-ci est sans cesse questionnée, remise en question, manipulée, c'est un film qui indique que l'image vaut moins que des mots, mais c'est malheureusement aussi un film qui nous montre qu'il ne fait pas lui-même confiance à l'image qu'il diffuse.
De nombreuses fois, le dialogue explicite, pose une mesure, un débat philosophique que Dominik Moll ne met jamais en image, les questionnements entre membres de l'IGPN autour d'un repas, Alicia, la femme de ménage, explicitant son manque de confiance et les rasions de celle-ci, le dialogue entre Lea Drucker et Stanislas Mehrar.
Tous ces échanges, à intervalle régulier qui appesantissent le rythme global et remettent à plat la position des personnages face à l'enquête en cours. On est bien loin de la viscéralité d'un Jusqu'à la Garde, qui, tout en questionnant le système, savait s'effacer face à l'horreur inéluctable.
Là est le grand problème du film, en cherchant à déployer une approche quasi documentaire de la réalité de l'enquête, il en oublie son point de vue, les raisons qui ont mené à la fabrication de ce film peuvent parfois sembler obscures. Si rien ne nous est caché de la réalité de la bavure, on nous renvoie sans cesse à une situation intenable liée à une politique répressive.
Mais si cette politique est abordée, elle n'est jamais questionnée. En se refusant de sombrer dans l'émotion, dans le point de vue, dans la mise en scène, le film se perd dans un milieu, une zone de non-choix qui fini par être contre-productive socialement, philosophiquement et cinématographiquement.
Le réa vient de réinventer le film centriste, celui qui cherche à, conforter tout le monde, le film qui cherche à vous dire "ce n'est pas bien, mais c'est vrai que ce n’est pas facile pour tout le monde". La pire séquence étant surement quand Lea Drucker passe en voiture à côté de quelques manifestants et qu’elle demande à son fils de prendre un gilet jaune pour le poser en évidence.
Il était bon de rappeler que ces salauds de pauvres peuvent aussi faire preuve de violence. On n'évitera pas quelques clichés sortis tout droit du pire des années 80, ou comment la mansuétude du personnage incarné par Lea Drucker est mise en scène quand elle adopte ce petit chaton abandonné, ou sa défense du CRS lors de l'introduction, comment imposée lourdement une femme intègre et humaine.
Malgré tout des idées de mise en scène sont développées, la sobriété du cadre et des mouvements de caméra dans les locaux de l'IGPN en opposition à une caméra plus libérée lors des moments intimes, ou comment ces mêmes mouvements vont se propager aux seins mêmes de l'enquête et des locaux quand l'implication personnelle de Drucker se fera plus grande.
L'utilisation de surimpression, zoom et dezoom, pour vivifier ces moments d'enquête consistant à visionner des caméras de vidéo surveillance, le montage alternant sur les différents flics questionnés, ce qui renforce ce sentiment de langue de bois visant à naturellement ne pas vouloir incriminer des collègues. Malgré des défauts évidents, le film reste fluide, mais se perd à ne jamais vouloir se trouver.