"Dossier 137", ou un titre qui dépasse l'effet de style. Non, il ne s'agit pas du nombre de fois où Léa Drucker a incarné une flic à l'écran (quoique...). Ce titre illustre la bureaucratie et la lourdeur administrative qui étouffent les enquêtes policières, en l'occurrence celles de l'IGPN. Léa Drucker incarne une commandante déterminée à savoir ce qui s'est passé lors d'une manifestation de gilets jaunes, où des policiers auraient tiré au LBD sur un jeune manifestant inoffensif, lui causant de graves blessures.
Dominik Moll filme dans un style froid et maîtrisé le travail de fourmi de cette policière des polices, entre récupération de vidéos, envois de mails à rallonge, analyses d'une grande quantité de données, et interrogatoires musclés. Le tout dans un flot presque kafkaïen, où l'humour absurde discret, cher au réalisateur, n'est pas exclu. Je pense à cette scène où notre héroïne doit montrer ses papiers à un témoin (!), ou à un interrogatoire montrant que tout le monde doit forcément des comptes à quelqu'un.
Le réalisateur traite par ce biais de nombreuses thématiques pertinentes. Violences policières dans un contexte où la vidéo est omniprésente. Haine du public envers la police... et haine de la police envers l'IGPN. Raisons qui peuvent pousser des membres de l'IGPN à enquêter sur leurs collègues. Statut de la BRI, ici accusée, pourtant considéré comme un ensemble de héros avec les attentats de 2015.
Tout demeure sobre, mais très bien mené. Et l'ensemble bénéficie de la belle prestation des acteurs, Léa Drucker en tête (pas pour rien qu'elle récupère tous ces rôles de policière !).
Il est juste dommage que certains éléments auraient pu être davantage nuancés. La toute fin, sur la victime, n'était pas franchement nécessaire, et appuie trop le propos du film. Tandis que les portrait de cow boy des policiers accusés parait excessif (ceci dit je ne suis guère habitué des manifestations, ni de la BRI, j'ignore à quel point c'est exagéré !).