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Avec Autant-Lara à la réalisation, Aurenche et Bost au scénario, l'adaptation littéraire pour principe phare et le cinéma de studio français sous l'Occupation pour parrain, c'est peu dire que <i>Douce</i> représente quelque chose comme l'antéchrist d'une certaine frange de la critique. N'ayant que rarement expérimenté la qualité française (sinon au travers des propos et du regard amoureux de Tavernier), je m'attendais à être plutôt agréablement surpris, à voir plus loin que la « certaine tendance » que fustigeait Truffaut et à profiter de la science d'un cinéma d'artisan soigneusement dialogué.
La surprise, au final, fut inverse : celle de retrouver là, pêle-mêle, tout ce que Truffaut pouvait reprocher à ce cinéma. La facture, pourtant, reste impressionnante : la lumière superbement architecturée, les cadres coquets à la direction artistique débordante, l'interprétation investie… Cette science du geste, que l'on sent chargée de décennies d'un savoir-faire passé de main en main, devrait suffire à passer à un agréable moment. Mais souvent, la sensation qui prédomine est celle d'une platitude usante des émotions.
Le coupable premier, c'est semble-t-il le dialogue : travaillé oui, mais bien trop présent, totalitaire, autosuffisant narrativement, introduisant et concluant entièrement chaque situation, ses tenants et aboutissants comme ce qu'il faut en comprendre, ou ce qu'on doit en ressentir. Peu de place pour le spectateur dans cette armada de mots dont les scènes se mettent au service. Qu'est-ce qui fait que le dialogue n'est pas étouffant comme ça chez un Guitry ou un Pagnol, où il est pourtant tout aussi omniprésent ? Je ne sais pas, mais il y a clairement quelque chose ici qui fait mur.
Le film trouve pourtant parfois l'inspiration, quand il crée des configurations plus riches (la chanson fredonnée coûte que coûte, la vitre brisée, la fuite nocturne…), ou quand la radicalité des rebondissements (l'évanouissement, le théâtre) et la brutalité crue des rapports de classe rendent le film plus saillant qu'à son habitude. Dans ces moments, toute la science du cinéma de studio, alors enfin mise au service d'un geste réellement cinématographique, peut temporairement et brusquement mener le film très haut. Mais pour le reste, le résultat semble comme étouffer sous la parole et le savoir-faire, englué dans la morgue d'un regard où le fatalisme social satisfait est déjà tout conclu. <i>Douce</i> me révèle en somme la splendeur de l'artisanat de studio français à son meilleur ; mais il n'y aura pas plus de miracles, pour moi, du côté de la qualité française.
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Créée
le 11 août 2026
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