Delon en soutane... ça fait quand même bizarre.

Jacques Deray s’essaie à la comédie, et déjà là, on sent que le moteur tousse un peu. Deray, c’est plutôt le flingue bien huilé, la tension sèche, le polar qui sent la sueur et la fatalité. Ici, il range le silencieux pour sortir la blague, mais l’arme n’est pas parfaitement réglée.


Au casting, Alain Delon en contre-emploi, ce qui sur le papier fait toujours saliver. Delon drôle, Delon léger, Delon qui lâche son regard de tueur pour lever un sourcil comique… sauf que voilà : Delon n’a jamais vraiment cru à la vanne. Il la joue appliquée, presque trop. Il surjoue juste ce qu’il faut pour qu’on sente l’effort. On devine l’acteur concentré, comme s’il répétait mentalement : « attention Alain, là c’est une comédie ». Résultat : une drôlerie un peu raide, avec cette part d’ombre qui affleure toujours chez lui, même quand il est censé faire rire. Chez Delon, le sourire ressemble souvent à une menace.


Heureusement, autour de lui, les vrais professionnels du rire font le taf, et même très bien. Paul Meurisse (impérial, comme toujours) joue sur du velours : timing impeccable, ironie naturelle, voix qui fait déjà rire avant la chute. Paul Préboist, lui, est en roue libre maîtrisée, ce sens du grotesque jamais vulgaire, hérité du théâtre et du burlesque à l’ancienne. Julien Guiomar complète le tableau avec cette énergie un peu brutale, presque anarchique, qui dynamite certaines scènes un peu molles. Petite apparition de Philippe Castelli, quasi muette, mais sa seule présence suffit : c’est le genre d’acteur qui peut déclencher un sourire juste en entrant dans le cadre.


Les dialogues, eux, valent parfois le détour. On sent une écriture qui cligne de l’œil au spectateur cinéphile, avec quelques références et échos à des répliques plus anciennes, presque des private jokes pour amateurs de cinéma français. Clairement, ce n’est pas une comédie populaire au sens large : le film parle à ceux qui savent, ou du moins à ceux qui reconnaissent les voix, les rythmes, les tics d’un certain cinéma d’avant.


Techniquement, rien de flamboyant. Une image correcte mais sans éclat, une mise en scène propre, trop propre même, qui manque parfois de nerf. La caméra fait son boulot, sans chercher le gag visuel. C’est filmé comme un polar qui aurait oublié de devenir dangereux. La musique alterne entre classiques bien sages et quelques touches de jazz plutôt bienvenues, apportant un soupçon de swing là où le récit en manque parfois cruellement.


Le film est court… et pourtant, il donne parfois l’impression de durer. C’est souvent mauvais signe pour une comédie. Le rythme n’est pas toujours au rendez-vous, certaines scènes s’étirent alors qu’un bon coup de ciseaux aurait fait des miracles.


En résumé : Doucement les basses n’est pas un mauvais film, mais ce n’est clairement pas un grand film non plus. Une curiosité, surtout. On est content de voir Delon et Meurisse partager l’écran, mais on se surprend à penser qu’on aurait préféré les retrouver dans un polar tendu, avec des silences lourds et des regards qui tuent, plutôt que dans cette tentative de légèreté un peu bancale. Un film sympathique, daté, parfois malin, souvent inégal. Disons-le franchement, avec le sourire en coin : ça se regarde, mais ça ne s’impose pas. Et Delon, décidément, restera toujours plus convaincant quand il menace le monde que quand il essaie de lui faire la blague.

Monsieur-Chien
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le 11 janv. 2026

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Monsieur-Chien

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