Douleur et gloire ressemble à une lettre intime qu’Almodóvar s’adresse autant qu’il nous adresse.
On sent tout de suite que le film puise dans sa propre vie, mais sans jamais tomber dans l’aveu forcé : il reste réservé, délicat, presque pudique.
Antonio Banderas, silhouette affaissée, regard fatigué, incarne ce double de cinéaste en crise (allant jusqu'à imiter la coiffure de Pedro!), qui ne cherche pas à se réinventer mais simplement à continuer d’exister. Pas de grandes révélations, pas de twists tonitruants : juste un homme qui accepte le poids du passé, du corps qui change, des amours qui s’éloignent.
Les retours en arrière, baignés de soleil blanc sur les murs d’une maison troglodyte, mêlent tendresse et mélancolie sans appuyer sur la corde sensible. On y voit la mère (Penélope Cruz, émouvante) laver du linge, chanter, façonner l’enfance du futur artiste.
Almodóvar joue avec les couleurs, chaudes et saturées, qui soulignent autant la nostalgie des souvenirs qu'un présent qui s'accepte.
On y croise aussi ce premier amour, devenu une douce blessure, désormais heureux ailleurs.
Il y a beaucoup d'idées de mise en scène, dans l'utilisation des couleurs, les liens entre le passé et le présent, des moments drôles et même parfois où le personnage raconte sa vie face caméra, comme si Almodóvar nous parlait directement.
Il brasse beaucoup de thématiques : le deuil, l’art, la vieillesse, le désir, la création en panne… mais toujours avec une manière d’embrasser la vie telle qu’elle est, ni plus belle ni plus laide. Banderas est bouleversant, jamais dans l’esbroufe, juste vrai.
Douleur et gloire n’est pas un film-somme mais un film apaisé, un autoportrait qui choisit l’émotion plutôt que le drame, et qui trouve dans la simplicité un éclat mélancolique, léger, drôle et émouvant.