Sorti en 1989, "Edge of Sanity" est un thriller horrifique de Gérard Kikoïne et se base sur une idée pertinente : mélanger l'histoire de "L'Etrange Cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde" et le personnage de Jack L'Eventreur. Chronologiquement, c'est d'ailleurs relativement cohérent puisque le roman de Robert Louis Stevenson a été publié en 1886 et que le tueur en série a sévi deux ans plus tard. Autre ajout au récit initial : le docteur Jekyll (qu'incarne Anthony Perkins dans son dernier rôle marquant) a une épouse, interprétée par la sublime Glynis Barber. Parmi les points positifs, on notera une mise en scène et une photographie soignées. L'anachronisme consistant à introduire des habits des années 1980 dans l'Angleterre victorienne contribue à créer une esthétique originale et décalée. L'atmosphère du film est on ne peut plus glauque et sordide...Trop, à mon goût. Les scènes gore et érotiques se succèdent ou s'entremêlent _ on sent bien l'envie de repousser certaines limites dans une optique sadienne _ mais elles suscitent moins l'effroi ou l'excitation qu'un sentiment de malaise frôlant l'écoeurement. Car dans ce sombre et sanglant théâtre de la cruauté, la chair est désespérément triste. Gérard Kikoïne y présente une vision extrêmement négative et morbide de la sexualité _ ce qui, de la part d'un réalisateur ayant d'abord fait carrière dans le X, est plutôt paradoxal. En outre, le déroulement de l'intrigue est très prévisible et l'on en devine l'issue (tragique) dès la première demi-heure.
Malgré certaines qualités, notamment esthétiques, "Edge of Sanity" est une oeuvre bancale, un semi-ratage. Il y avait là le potentiel d'un grand film, mais le résultat s'avère décevant.