L’histoire de ce film démarre sur un surprenant malentendu. Coppola entend à l’époque des rumeurs l’accusant d’en vouloir à l’actrice Winona Ryder après qu’elle se soit désistée au dernier moment du tournage du «Parrain 3». Il l’invite naturellement pour clarifier la situation (il n’y avait finalement aucune animosité de sa part) et discuter au passage d’un hypothétique projet.
Ryder lui fait alors lire le script de cette nouvelle adaptation du «Dracula» de Bram Stoker qu’on vient de lui proposer. Un scénario écrit par James V. Hart qui traine depuis un moment à Hollywood, refusé jusqu’alors par les plus grands studios. Seule une petite société de production s’était finalement montrée intéressée dans l’idée d’en faire un téléfilm.
Coppola accepte finalement de le produire et de le réaliser, séduit par cette nouvelle approche, fidèle et approfondissant surtout l’aspect romantique et érotique du livre de Stoker.
L’arrivée de Coppola change forcément la donne. Le budget est gonflé pour atteindre les 40M$ grâce au studio «Columbia» qui va en définitive, se charger de la distribution du film dans les salles obscures.
Le cinéaste va consacrer une grosse partie de ce budget à la fabrication des décors et des costumes (le film sera intégralement tourné en studio) et choisir de ne pas se servir des nouvelles technologies pour la réalisation des effets spéciaux, préférant utiliser des techniques plus «artisanales» pour préserver intact un esthétisme romantico-gothique.
Dernier véritable succès du réalisateur de «Apocalypse Now», ce film est un véritable chef d’oeuvre, une intense et magnifique fresque baroque, le portrait romantique d’un ange déçu et déchu qui s’est tourné vers le mal. Une histoire d’amour doublée d’une tragédie comme en voit rarement, maitrisée de bout en bout qui vous transporte littéralement.
Coppola expérimente, réinvente avec talent son cinéma, nous proposant ici un éblouissant, extravagant et unique spectacle visuel. Il a également la chance de bénéficier d’un script admirablement construit, respectant enfin l’oeuvre originale de Stoker mais surtout de la performance extraordinaire de Gary Oldman qui «vampirise» l’écran à chacune de ses apparitions. Difficile d’oublier Anthony Hopkins qui compose un Van Helsing totalement déjanté et la superbe Winona Ryder dans le rôle de Mina. Seul Keanu Reeves constitue l’unique déception de ce casting cinq étoiles.
Certains pourront y voir une allégorie du SIDA, ce que Coppola a toujours nié, préférant résumer son film à l’histoire d’une authentique passion. Peu importe, le cinéaste nous livre surtout ici, un formidable moment de cinéma.