Et oui, qu'on le veuille ou non, Luc Besson a une grande carrière derrière lui et n'en déplaise à certaines mauvaises langues pas du tout honnêtes pour le coup, le gars a du talent. Alors attention, tout cela est à nuancer, Besson n'est pas un génie ou du moins il ne l'est plus depuis plus de 25 ans. Quel chef d’œuvre ou même grand film a-t-il réalisé depuis le 5ème élément (qui est vraiment son dernier film marquant) ? Je serais tenté de dire Valérian et la cité aux milles planètes mais je sais que cet avis ne fait pas l'unanimité, loin de là, donc je laisse ça de côté mais voilà, Besson a réalisé des pépites du cinéma, Subway, Le grand bleu, Léon, Le dernier combat, Nikita, même Angel-A (si si je vous assure, c'est très bien) et il a aussi créé des films de pure divertissement un peu décérébrés mais qui marchaient toujours un peu sur moi, comme Adèle Blanc-Sec, Lucy ou Malavita. Il a aussi fait quelques daubes comme les Arthurs. Bref, le gars a une carrière honnête et traine aussi pas mal de casserole au cul. Des histoires de harcèlement que je me garderais bien de commenter, mais aussi des histoires de plagiats qui sont pour le coup problématiques s'il on veut parler de sa carrière et de son talent. Ce qu'il faut comprendre pour résumer vite fait, c'est que Besson est plus productif que créatif. Il a eu des idées un temps et après il s'est contenté de repomper à droite à gauche avec plus ou moins de talent et de succès commercial ou critique. En ce moment le gars est au plus bas question popularité (notamment avec ses histoires metoo) et c'est dans ce contexte que sort Dracula, quelque temps après June and John (apparemment une daube) et Dogman (apparemment un bon film).
Bon là le film à peine sorti, Besson se prend un torrent de merde de ses détracteurs, il n'y a qu'à voir les titres pute à clic sur youtube de cinéphiles en carton...DG en tête qui base sa critique sur un seul et même point, le plagiat sur le film de Coppola...comment dire que DG a du dormir 80% du film pour affirmer une pareille connerie mais bref...Je reconnais avant tout que Besson, lors de ses interviews pour la sortie du film a menti, en disant qu'il se basait sur le roman de Bram Stoker pour adapter à sa sauce Dracula...c'est très facilement vérifiable, Elisabeta n'existe pas dans le roman de Stoker, pas plus que cette histoire de réincarnation ou d'amour éternel. Maintenant une fois qu'on a dit ça, il serait intéressant d'être constructif et de s'intéresser au film en lui-même. Je vais aussi caresser les détracteurs en affirmant aussi que Besson comme depuis 25 ans, en tant que producteur ou réalisateur, a re-pompé à droite à gauche quelques trucs...on trouvera même des liens troublants avec le Nosferatu de Egger (2024) ou La belle et la bête de Christophe Gans (2014) ou encore Le parfum de Tykwer (2006)...ça, c'est pour montrer que je suis à peu près honnête et reconnait que le gus derrière son talent apparent, se cache une vraie machine à voire des films et aussi à voler ou récupérer des concepts.
Mais maintenant qu'on a dit ça, qu'en est-il du film (bordel) ?
Et bah je me suis éclaté.
La filiation avec Coppola est évidente dès le début du métrage. La raison ? Les costumes qui sont quasi à l'identique, filmé un poil plus réaliste tout de même, et évidemment certains plans, la photo, c'est du Coppola en évidemment moins bon, mais qui se démarque tout de même en insistant d'avantage sur le flashback, plus long, plus lumineux, filmé en extérieur. L'inspiration se ressent aussi évidemment dans les scènes du château entre Jonathan et le Comte, l'aspect ridé du personnages, sa perruque complètement farfelue (encore plus farfelue et ridé que la version de Coppola comme pour dire c'est moi qui ait la plus grosse) mais ensuite arrive le cartoon. Oui vous m'avez bien lu, le film de Besson est cartoonesque, grotesque. Dracula qui espère bien garder le jeune homme à ses côtés demande à ses sbires de le surveiller. Quels sont ces fameux sbires ? Des gargouilles en pierre, animées en 3D (très propres au passage). Des petits personnages, faisant grandement penser aux chiens dans La belle et la bête de Gans, sont le premier élément cartoon du film, de quoi amuser les quelques gosses de moins de 12 ans qui se seraient égarés dans les salles obscures. Moi, qui ai gardé mon âme d'enfant, ils m'ont agacé, puis amusé et j'ai fini par totalement m'y attacher. La raison, sans doute une once de talent chez Besson qui a réussi à les introduire parfaitement dans le film, sans qu'ils ne prennent trop de place.
Mais Besson ne s'arrête pas là..et ajoute un deuxième élément cartoon à son film, Dracula possède un parfum extraordinaire capable d'envoûter toutes personnes le reniflant. Ce pouvoir particulier (et re-pompé allègrement sur le livre et film) rajoute deux scènes complètement grotesques à ce film, une scène de danse/transe, où toutes les cours d'Europe sont aux pieds du comte et une autre scène où des bonnes sœurs s'offrent au comte en créant une espèce de pyramide (oui oui il faut le voir pour le croire) sur laquelle se perche notre comte affamé de sang frais. Je vous ai pas dit que Luc Besson déteste les films d'horreur et qu'il a donc grandement court-circuité son film avec ces scènes à la fois délirantes et fascinantes ?
Besson qui aime décidément son pays (et on lui reproche souvent) a décidé de délocaliser l'histoire à Paris, pendant le centenaire de la révolution, l'exposition universelle. On y découvre non pas Van Hellsing mais un prête campé par Christophe Waltz qui nous fait son rôle d'enquêteur minutieux, plein de sang-froid comme il l'a incarné dans Jango Unchained ou Inglorious Basterd, en un peu moins inspiré cette fois, même si le personnage a des réactions très drôles parfois et forme un agréable duo avec un médecin (dont j'en réclamais encore plus) sans parler de la fin où Besson nous rappelle un vieux débat autour de la religion et que j'ai trouvé assez bien vu. Dracula, attiré par la femme de Jonathan dont il perçoit un lien avec sa femme disparue Elisabetha, va venir sur Paris et va essayer de se rapprocher de Mina, qui semble déjà être une jeune femme un peu larguée, en marge avec son époque. Va suivre une très chouette scène dans une foire, où Mina, le comte et une de ses sbires Maria (meilleure interprétation féminine du film qui n'est pas sans rappeler Lucy dans Coppola) vont déambuler dans les différents stands, manèges, une scène super dynamique, superbement décorée et costumée où le comte et Mina vont se chercher du regard, se séduire. Mina rentre ensuite chez elle et le comte la surprend en s'introduisant dans sa chambre. Il suffira d'un rapprochement corporel pour que Mina se rappelle de sa vie passée au côté de son âme sœur. On a donc ici un petit retournement car il me semble que dans la version de Coppola, Mina n'est pas aussi liée à sa vie passée. Les deux amants vont donc fuir, retourner au château du comte Dracula mais le prêtre et ses alliés, notamment Jonathan qui a survécu à son périple en Roumanie, vont les traquer. A l’issue de la bataille finale dans le château, Dracula va se battre comme un beau diable qu'il est mais regagner aussi la foi qui le poussera à ne pas damner l'âme de Mina comme l'a été la sienne et va accepter de mourir de la main du prêtre. Je vous passe les détails du scénario mais ce dernier n'est pas sans défaut. La fin, spectaculaire en terme d'action, manque un peu de tragique et de subtilité malgré une ultime réflexion sur la foi, dieu assez bienvenue. Le scénario aurait gagné à être moins prévisible, il aurait pu même avoir l'audace de déjouer nos attentes. En faisant triompher l'amour par exemple ??
Mais alors avec tout cela, pourquoi j'ai aimé Dracula de Besson ?
Caleb Landry Jones incarne un Dracula des plus attachants. C'est simple, d'emblée effrayant et antipathique, on finit par le plaindre, l'apprécier, pour ses petits traits d'humour, son amour sincère et éternel pour sa reine, et on est complètement de son côté lors de la bataille finale. Encore une fois, même si le scénario n'est pas des mieux écrit, l'évolution du personnage, son traitement, le fait qu'on se concentre sur lui, qu'on le voit traverser les siècles, sont des plus rafraichissants et le talent de Caleb vient sublimer le tout. A ce propos, au départ, on le trouve extrêmement vilain physiquement puis on finit par tomber sous le charme. Envoûté par cette nouvelle incarnation. J'ai également adoré la manière dont on nous montre Dracula avec ses sujets, ses serviteurs, on le voit d'une grande clémence, on sent tout l'amour que ses sujets ont pour lui et inversement et ce depuis qu'il est humain, on sent donc le côté princier, la noblesse d'âme du personnage et mine de rien, c'est du jamais vu dans un Dracula, où le vampire nous est plutôt présenté comme une figure solitaire, recluse et égoïste. Encore une fois, un point positif à accorder à Besson qui a bien dosé le personnage, toujours à la limite de la moralité, mais avec son côté amoureux transi, passionné et un tantinet cabotin, qui déjoue totalement les pourtant nombreuses scènes où il croque et manipule ses victimes (on le trouve juste sympathique et donc on espère le voir triompher à la fin).
Petit point noir cependant de cette version, Dracula ne dispose d'aucune autre faculté vampirique que celle de ne pas mourir. Exit donc les transformations en chauves-souris, loup, brouillard...On sent pour le coup que le scénariste s'en fiche royalement de cet aspect du personnage et que seul compte son immortalité (sa malédiction).
Passons maintenant au croustillant, le débat autour de ce nouveau film de Luc Besson. La gauche moderne et ses nombreux médias ont complètement boycotté, dénigré le film car les femmes y sont quelque peu "malmenées". Alors entendons nous bien, il n'y a factuellement aucune misogynie derrière. On voit une femme internée, enchaînée, on utilise une fois le terme "hystérique", cela donne du grain à moudre aux détracteurs, vous vous en douterez. Ensuite il y a la pyramide de bonnes sœurs dans le couvent (scène tournée dans le Jura), précédés de plusieurs scènes où les femmes succombent au parfum de Dracula, là aussi, vous vous en doutez...ça fait jaser. Mais comment vous dire que Dracula est hétéro et que donc logiquement il préfère croquer des femmes (il ne faut pas oublier l'aspect érotique du personnage), passer ce constat, il n'y a rien à en dire. A côté de cela Dracula a changé QUE des femmes en vampire, représentant une forte majorité de ses sbires et de la population vampirique, dont on ne voit que Maria, le mariage de Mina (a demi forcé) semble annulé suite avec ses retrouvailles avec son âme sœur et revenons sur Maria qui est l'incarnation de la liberté féminine...et j'en passe, inutile de s'attarder sur ce débat stérile, sorte de Besson-Bashing ou d'un procès indirect ou d'intention d'un auteur qui s'est mis toute la gauche (voire le monde entier) et les féministes à dos.
Passons à l'aspect technique :
En terme de réalisation, le film ne fait pas d'étincelles mais est bien foutu, bien dosé, bien rythmé, il y a quelques effets d'un autre âge et vient nous rappeler que Besson et ses gros sabots commencent à vieillir, mais ce côté suranné presque kitch colle parfaitement au ton et à l'ambiance du film, légèrement décalé, beaucoup moins sérieux que son ainé (ou les Nosferatu). Les costumes et décors magnifient évidemment cette mise en scène parfois ronflante et viennent apporter le relief espéré, cela et aussi la BO de Danny Elfman qui on le sait, s'inspire grandement de la BO du Coppola mais qui reste une belle partition avec un joli thème pour notre couple Dracula-Elisabeta/Mina que j'aurais plaisir à réécouter hors visionnage.
L'acting est honnête. J'ai parlé de Dracula et de Maria, mais le reste du casting tient la route, l'actrice qui joue Mina est des plus convaincantes, elle n'en fait pas des caisses et a un physique intrigant. Waltz fait du Waltz, en un peu moins inspiré que d'habitude (il vieillit aussi) et les seconds rôles sont potables, Jonathan et le médecin sont corrects, l'anglais cependant manque de charisme. Les effets spéciaux sont très bons, parfois trop appuyés, mais qui insufflent au film son côté cartoon complètement assumé.
C'est donc un film assez difficile à aborder qui est aussi bordélique qu'attachant à l'image de son héros et interprète qui s'illustre dans bien des facettes. Romantique et érotique comme Coppola, grotesque ou loufoque comme un Disney ou une comédie musicale, pas horrifique pour un sous...Il y a de quoi désarçonner beaucoup de monde à commencer par les radicaux de gauche (et aussi les rageux de droite apparemment qui hurlent le peu de culture ciné qu'ils ont) qui ne supportent pas le bonhomme ou le mythe abordé. A ce propos j'ai une critique du Captain Popcorn à regarder.., ça va être épique !!
Voilà pour ma critique bordélique, ce pavé indigeste mais qui aura le mérite d'être honnête et de ne pas surfer sur les casseroles de Luc Besson. En fait le film vaut un 7/10 mais bon...je suis généreux... Donc note "coup de cœur" en prime.