Dracula
4.7
Dracula

Film de Luc Besson (2025)

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La nouvelle adaptation du roman de Bram Stoker réunit ce que Besson sait faire de mieux et "de moins bien", dans ce qui reste une magnifique tragédie d'amour (oui, on a versé la petite larme à la fin), ponctuée de notes d'humour et servie par un casting impeccable, Caleb Landry Jones nous ayant une fois de plus convaincu qu'il peut donner vie à n'importe quel personnage avec la même fureur. Pour crever l'abcès au plus tôt : non, ça ne ressemble pas "au Coppola". Besson a eu l'astuce de déroger au roman pour faire une relecture personnelle, là où le Coppola est certainement l'adaptation la plus appliquée du livre (avec Le Cauchemar de Dracula de Terence Fischer, moins connu, mais non moins fidèle). Alors exit l'influence mentale du "monstre" sur ses victimes (et surtout sur la belle Mina), exit les succubes à crocs (et accrocs... au sexe) enfermées dans le château avec lui (il est tout seul), exit la fin où il ne pense qu'à son désir unique... Ici, le Dracula de Besson est un personnage isolé, blessé au cœur, un pauvre hère qui n'a de cesse de traverser les pays et les époques poursuivant l'espoir vain de revoir sa Dulcinée, sans un regard pour les autres femmes, sans les manipuler mentalement, et qui n'a même plus la fameuse emprise sexuelle à son contact (pourtant, il n'est pas vilain, mais il est quand même obligé de

s'asperger de parfum envoûtant

pour charmer... Vraiment, quelle pauvre gus !). On découvre aussi plus longuement toute l'origine de ce Prince Maudit, portée par une ouverture très enthousiasmante (avant que la suite parlotte un peu...). Le résultat ? Au lieu de craindre le vampire (comme dans les autres films où il est une menace), on le comprend, on le prend en pitié, et on a (presque) envie qu'il réussisse dans sa quête désespérée... Sublimée par la musique inspirée de Danny Elfman (très belle BO), portée à bouts de bras par un Caleb Landry Jones transcendé, saupoudrée des interventions plus légères (on a souri souvent) du cureton (cynique) joué par Christoph Waltz et du médecin (peureux) joué par Guillaume de Tonquédec, cette histoire nous a encore une fois plu. Alors oui, on perd énormément en effroi (ce n'est absolument plus un film de monstre comme avant), oui, les gargouilles numériques sont une fantaisie assez moche (juste pour enlever les esclaves féminines de la version roman, ici, le Prince n'a jamais eu d'yeux que pour une seule...), oui il y a des gros problèmes de montage (rien que dans l'ouverture, il fait sombre à flanc de bute, et plan d'après Dracul galope sous un soleil radieux... Et ça n'est que le début), oui, il y a des

gamins "déguisés en War Boys de Fury Road" à la place des gargouilles à la fin

("Mais... pourquoi ?!!"), oui certaines scènes sont tellement "originales" quelles frôlent (attention, ceci n'est pas une insulte dans notre bouche qui dévore les séries Z :) le nanardesque. La scène dans laquelle il se parfume et tout le monde se met subitement à danser en rythme ("Mais... qu'est-ce qu'il se passe ?"), sur la musique classique qui se transforme en sample de RnB, au montage qui s'accélère d'un coup... C'est ultra kitch, clinquant, balourd, mais qu'est-ce que c'est fun à regarder (on a adoré la scène). Un peu comme l'ensemble de ce Dracula de Besson : il est maladroit à bien des endroits, mais on ne s'ennuie pas (compliment qu'on ne peut pas faire au récent Nosferatu...), il transpire la sincérité et la volonté de s'émanciper du livre pour éviter la redite fade et sans imagination (coucou tous les remakes actuels), il se permet d'humaniser son monstre, au point que la cicatrice en forme de larme qui fend la joue de Dracul, nous fend aussi le cœur dans cette histoire d'amour impossible. Mention à la fin, qui enchaîne une

bonne baston (vraiment, on ne s'est pas enquiquiné), la meilleure punchline du cureton ("Mais c'est inhumain de dormir dans un cercueil !!!" / Le cureton qui passe : "On y dormira tous un jour."), et une scène finale qui refuse le combat classique avec le curé pour un sacrifice ultime qui nous a déchiré le cœur.

Et tant pis si la scène Just Danse ne fait pas l'unanimité, nous, même sans renifler son Chanel 5, on est "à croc".

Aude_L
7
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le 31 juil. 2025

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Aude_L

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