Luc Besson semble dorénavant naviguer à vue dans le choix de ses projets.
Surtout depuis Dogman, avec son personnage brinquebalant mais inexplicablement attachant et ses lourdeurs symboliques.
Puis avec June & John, que personne n'a vu et que même Mad Movies se paie pour le fun parce que pourquoi pas.
Second film de 2025 pour le réalisateur, Dracula ne semblait même pas vouloir remonter la pente si l'on en juge par son affiche passe-partout et minimaliste.
Même si Luc Besson inscrit son personnage dans l'amour fou et la tragédie, point de vue pas idiot au demeurant.
La première partie arrive même à faire illusion, sauf quand il s'agit de livrer une scène de bataille heurtée et au montage très bizarre, loin de ce qu'il avait livré il y a vingt-six ans avec Jeanne d'Arc. Et l'on se dit que Dracula aurait pu partager les mêmes réflexions que la Pucelle d'Orléans sur les questions de religion et de l'aveuglement qu'elle entraîne. Avant que le film se visse à nouveau sur les rails de sa folle histoire d'amour contrariée.
Le tournant du film se situe dans la visite d'un Paris de fête d'un dix-neuvième siècle en forme de succession de clichés et de chromos. Si celle-ci affirme pleinement le luxe de sa direction artistique, elle semble comme étrangère au film dès lors qu'elle préfère suivre les deux victimes consentantes du vampire que le comte lui-même, passant au second plan et se voyant retiré une bonne partie de la menace qu'il représente.
Dès lors, Dracula semble patiner avant de brusquement relancer les chevaux en vue de sa dernière ligne droite. Mais le mal est fait : car le masqué avait depuis longtemps perdu de vue la nouvelle muse du réalisateur, pourtant propice à prêter incarnations à toutes ses folies. Pas que Caleb Landry-Jones soit mauvais, loin de là. Mais celui-ci semble peiner à incarner le sentiment d'absolu que tente de convoquer Besson pour traverser son dernier opus.
Et si quelques bonnes idées demeurent : la fête, le moyen d'envouter via un parfum, comme dans le roman de Patrick Suskind, ou encore une superbe scène à la lisière de la nunsploitation, elles sont contre-balancées par autant d'erreurs de casting et de maladresses, comme cette curieuse façon d'apporter de l'aide au comte. Car ces gargouilles vivantes, finalement, trop lisses, sentant l'effet informatiques de très loin, préfèrent au gothique et à l'effroi le rappel malencontreux de certains films Disney comme Le Bossu de Notre-Dame accouplé au final de La Bête et la Bête. Un peu malencontreux, sans doute.
Avec Dracula, Luc Besson livre un étrange film d'entre-deux. Loin d'être honteux, mais dont on ne se souviendra qu'avec peine, tant dans sa filmographie qu'à l'issue de l'année cinéma 2025. Pas de quoi se retourner dans son cercueil en somme, encore moins de se repaître du sang du réalisateur, dans une inquiétante Antoine Desrues-isation des esprits si l'on en croit la teneur de quelque billet sur le site.
Behind_the_Mask, qui va dorénavant se parfumer à la lavande pour emballer en soirée.