Luc Besson signe avec Dracula une transposition originale du mythe, à contre-courant des attentes classiques, et c’est précisément ce qui dérange. Certains lui reprochent de ne pas livrer un film d’horreur, de s’éloigner des codes gothiques, de déformer la figure du vampire en le plongeant dans une romance assumée. À ceux-là, je réponds : vous n’avez rien compris.
En évacuant les codes du gore, Besson nous offre autre chose : une esthétique sublime. Tout fonctionne : les dialogues/le scénario, les décors, les costumes, le jeu d'acteur. La direction artistique est soignée, la mise en scène et la musique, sont incroyablement poétiques.
Il fait le choix de l’émotion plutôt que du frisson, un pari risqué, et réussi.
On lui reproche également le manque de personnages féminins forts. Mais quelle drôle d’idée que de chercher à tout prix une galerie de personnages féminins dans une histoire qui, fondamentalement, repose sur l’obsession d’un homme pour une seule femme, fantasme d’une âme perdue en quête de rédemption. Ce reproche ressemble moins à une critique artistique qu’à un procès d’intention envers le réalisateur. À ceux qui viennent chercher des prétextes pour rejeter ce film sous couvert d’idéologie ou de règlements de comptes personnels : passez votre chemin. Vous donnez le bâton pour vous faire taper.
Le jeu des acteurs, lui aussi, mérite d’être salué. Là où certains n’y voient que théâtralité mal assumée, j’ai vu des corps habités, des regards pleins de tragédie. Besson dirige ses comédiens comme des silhouettes dans une peinture romantique. C’est stylisé, oui. Excessif, parfois (et l'on pourrait en dire autant du roman, lisez-le). Mais profondément sincère.
Il ne s’agit pas ici d’un Dracula "moderne" au sens marketing, mais d’un Dracula introspectif. Il ne s'agit pas d'un pastiche de Coppola, ni d'un remake, ni d'une œuvre d’épouvante : c’est une relecture épurée et contemporaine du mythe, centrée sur son cœur battant : l’amour, la perte, l’obsession.
Moi, je suis passée par toutes les émotions, j’ai vibré et j'ai été troublée. Si vous êtes resté de marbre, peut-être que les histoires d’amour ne sont pas faites pour vous…