Dracula (2025) de Luc Besson… mais qu’a-t-il donc fumé pour tourner un tel film? À quel moment il s’est dit que son décor en carton-pâte et papier mâché, ça allait passer crème dans un long-métrage? La science de la lumière, bon sang, c’est pour les gueux? Cette lumière vive, limite brûlante, fait de ce décor huilé, celui d’un théâtre fraichement monté. Est-ce que Besson ne peut se payer les services d’un photographe digne de ce nom, pour étalonner correctement et prendre ses plans avec la bonne luminosité? On est à des années lumières (précisément) de Dracula (1992) de Coppola, dont il souffre de la comparaison d’où qu’on le prenne.
Constat plus général, c’est aussi la faute au format numérique qui rend les long-métrages génériques et froids, bien loin de pellicule argentique avec son grain et son aspect visuel inégalable. Mais ce n’est pas une raison pour proposer un tel étalonnage. On dirait un téléfilm, ou une pièce de théâtre à gros budgets (40M pour le coup/coût).
Pour le reste, l’histoire est à peine remaniée, mais quelque part c’est un sujet secondaire. Le scénario n’a pas grand intérêt en soi. La narration, la manière de le raconter, mais surtout au-dessus de toute autre considération, l’esthétique du film, importe le plus ici et force est de constater, que sur ce plan ça ne va pas du tout.
Néanmoins, Caleb Landry est absolument crédible en Dracula, presque aussi effrayant que ne le fut Gary Oldman, dans sa version vieillard libidineux. D’ailleurs Caleb Landry, en jeune prince, se confond de manière troublante avec Benoit Magimel, surtout la partie où il est en France à l’époque de Louis XIV. Choix délibéré de Besson, ou alors fortuit hasard? Je dois dire que cela m’a intrigué.
Par contre les gargouilles elles m’ont éclatées. Dès qu’elles apparaissent, ça en devient presque une grotesque comédie musicale. Ce sentiment est davantage accentué par cette scénographie en carton, et l’apparition de ces gargouilles donne l’impression qu’on est vraiment devant la troupe du Roi Soleil qui s’exécute grimés dans des costumes complètement fakes.
L’acmé, c’est quand la bataille finale éclate dans le living-room (de toute manière il n’y a pas 50 pièces dans cet immense château en CGI, entre la chambre à coucher, le vestibule et la cave…), une chorégraphie drolatique est alors exécutée.
De ce fait, le film n’arrive jamais vraiment à installer un ton sérieux et sombre, comme avec Dracula de 1992 ou celui de 1958 avec l’excellent Christopher Lee. Celui de Besson a un côté globalement cheap et un peu gag sur les bords, ce qui entre en dissonance un peu avec l’aura que doit normalement revêtir un tel film.
L’ambiance glauque des films Dracula précités, laissent place à une vaste mascarade c’est le cas de le dire (Bloodlines : The Masquerade hihi), parce que c’est ce dont il est question au fond. C’est du petit théâtre ou du grand guignol, mais ce n’est résolument pas un film dont l’atmosphère est en concordance avec l’histoire sordide de Vlad II Dracul (ou Vlad III Tepes, on ne sait plus !)
Et le délire avec le parfum, on est dans un remake de Grenouille? Mais de où il sort ça, il a complètement fumé, c’est pas possible autrement.
Enfin à noter aussi que l’OST n’est jamais ressorti pour imprimer durablement de son empreinte. Je n’ai gardé aucun thème en tête, c’est dire son insignifiance, ce qui est quand même fort de café pour un tel long-métrage. Bref, encore une fois on est bien loin de Dracula de 1992.
Au vu de cette critique un peu tranchante, d’aucuns penseraient que la note finale serait salée. En réalité j’ai plutôt bien apprécié le film, malgré ses gros défauts notoires. C’est ça aussi la magie Besson. Cependant il ne restera rien de ce film, dans quelques années.