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le 20 avr. 2013
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Dracula 3D n’est probablement pas le désastre que beaucoup ont voulu voir.
C’est plutôt un film incompris, regardé avec les mauvaises attentes.
Le problème vient peut-être du titre lui-même : “Dracula”. En 2012, le public attend encore un vampire élégant à la Coppola, romantique ou spectaculaire. Argento, lui, semble faire tout autre chose. Son film ressemble davantage à un vieux cauchemar gothique italien colorisé, quelque part entre les productions avec Barbara Steele et le fantastique européen décadent des années 60-70.
Dès l’arrivée de Jonathan Harker au château, impossible de ne pas penser à Nosferatu the Vampyre. On retrouve ce village figé hors du temps, cette sensation de mal ancien tapi dans les paysages, ce vampire discret qui observe plus qu’il ne parade. Mais là où le Nosferatu de Werner Herzog faisait de son monstre une créature maladive et tragique, Argento choisit un Dracula presque banal physiquement. Thomas Kretschmann ne joue ni l’aristocrate flamboyant ni le séducteur opératique : son vampire agit comme un prédateur silencieux, intégré au décor humain.
Le film surprend aussi par son rapport au fantastique. Les fameuses transformations numériques — la mante religieuse, le loup, les métamorphoses improbables — ont souvent été moquées. Pourtant, elles s’intègrent assez naturellement dans l’univers du film dès lors qu’on accepte son héritage bis italien. Ces CGI rappellent moins Hollywood que certains effets numériques artisanaux du cinéma français des années 90, comme Les Visiteurs ou Les Anges Gardiens. Évidemment datés, parfois étranges, mais jamais suffisamment faux pour briser complètement l’atmosphère.
Et surtout : Argento ne cherche pas le réalisme.
Il cherche le conte gothique.
C’est pour cela que le mélange entre violence, sensualité et surnaturel fonctionne encore. L’érotisme reste étonnamment mesuré, presque classique comparé à ce que le cinéma vampirique moderne propose habituellement. Le film préfère une sensualité trouble, héritée du giallo et du fantastique italien, plutôt qu’un romantisme appuyé.
Dans ce chaos visuel, Rutger Hauer apporte une vraie présence en Van Helsing, tandis que Asia Argento semble totalement appartenir à cet univers gothique dégénéré. Aucun acteur ne paraît réellement “plomber” le film : chacun joue avec sérieux dans cet étrange entre-deux, comme si tout le monde avait accepté la logique du rêve.
C’est probablement la clé pour apprécier Dracula 3D.
Il faut arrêter de le regarder comme une tentative ratée de modernité et le voir plutôt comme le prolongement tardif d’un cinéma fantastique italien presque disparu. Un film sincère, artisanal malgré le numérique, parfois maladroit mais habité d’une vraie atmosphère.
Oui, les effets spéciaux sont datés.
Oui, certaines idées sont excessives.
Mais le film ne provoque pas le rire cynique : il finit au contraire par absorber le spectateur dans sa logique étrange et gothique.
Ce n’est peut-être pas le grand retour du génie d’Argento.
Mais c’est certainement plus qu’un simple “nanar CGI”.
Créée
le 14 mai 2026
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