Dragons
7.5
Dragons

Long-métrage d'animation de Chris Sanders et Dean Deblois (2010)

« While other places have ponies or parrots... We have... Dragons. » HICCUP

En 2003, Cressida Cowell publie How to train your Dragon, roman jeunesse qui marque le début d’une série littéraire à succès, centrée sur les aventures de Hiccup Horrendous Haddock III, un jeune Viking peu conventionnel vivant sur l’île de Beurk. Dans un monde où la bravoure est mesurée à la capacité de dompter les dragons, Hiccup ou Harold en VF se distingue par son intelligence, sa sensibilité et son ingéniosité. L’univers de Cressida Cowell se caractérise par un ton humoristique, des dessins griffonnés et un style narratif léger, souvent ponctué de réflexions sur le courage, la différence et la maturité.

Le premier tome raconte comment Harold, loin d’être un héros traditionnel, tente de capturer et d’apprivoiser un dragon pour être accepté par sa tribu. Le dragon qu’il finit par adopter, Toothless ou Krokmou en VF, se révèle être aussi imprévisible que minuscule, à l’opposé des puissants dragons attendus par les Vikings.

Séduit par le potentiel visuel et narratif de l’œuvre de Cressida Cowell, DreamWorks Animation acquiert les droits d’adaptation de la série. Le studio y voit l’opportunité de créer un film d’animation grand public mêlant aventure, humour et émotions, dans un univers inédit peuplé de dragons spectaculaires. L’histoire originale étant relativement minimaliste et centrée sur un public très jeune, le défi pour DreamWorks est de conserver l’essence des personnages tout en étoffant l’intrigue, l’univers et la portée émotionnelle afin de séduire un public plus large, incluant les adolescents et les adultes.

Dean DeBlois et Chris Sanders, duo de réalisateurs oscarisés pour Lilo & Stitch, sont appelés pour écrire et réaliser le film. Ils sont connus pour leur capacité à créer des récits émouvants centrés sur des liens improbables (comme entre Lilo et la créature extra-terrestre Stitch). Ils décident de s’éloigner sensiblement du ton très enfantin du livre d’origine et de réécrire le scénario pour en faire une épopée plus mature. Leur approche met l’accent sur le développement émotionnel du lien entre Harold et Krokmou, tout en intégrant des thèmes forts comme la tolérance, le dépassement de soi, le conflit générationnel et la quête d’identité.

En 2010, How to train your Dragon sort au cinéma et devient rapidement un des plus grands succès de DreamWorks Animation.

Harold est un jeune garçon frêle, maladroit et peu sûr de lui, bien loin de l’archétype du guerrier viking. Dans son village de Beurk, la force, la virilité et la chasse aux dragons sont des valeurs centrales. Or, Harold n’excelle ni au combat ni dans la violence, et son intelligence ainsi que sa sensibilité le marginalisent aux yeux des autres. Cette différence est d’autant plus marquée qu’il est le fils de Stoïk la Brute, chef respecté des Vikings et parangon de virilité. Cette filiation lui impose des attentes écrasantes : il est censé devenir un tueur de dragons comme ses ancêtres. Mais Harold n’a ni le physique, ni l’âme d’un tueur. Il vit donc un décalage douloureux entre ce qu’il est et ce qu’on attend de lui, ce qui fait de lui un héros atypique, en quête d’une autre voie.

La rencontre entre Harold et Krokmou marque un tournant fondamental. Krokmou est un Furie Nocturne, une espèce de dragon rare, mystérieuse et crainte pour sa puissance destructrice. Il est considéré comme l’un des dragons les plus dangereux, un prédateur insaisissable dont peu ont survécu à l’attaque. Pourtant, Harold découvre un être blessé et vulnérable, incapable de voler à cause d'une aile de queue endommagée. Comme Harold, Krokmou est à la marge : redouté pour ce qu’il est supposé être, rejeté en raison de ce qu’il est devenu. Tous deux, chacun à leur manière, incarnent des figures exclues du système dominant de leur espèce respective.

Au fil du temps, Harold et Krokmou vont apprendre à se connaître et à dépasser la méfiance initiale. Une relation de confiance et d’amitié se construit, dans le silence et les gestes partagés, loin des mots. Harold n’essaie pas de dominer Krokmou : il l’observe, le comprend, le soigne, et finit par concevoir un système ingénieux qui lui permet de voler à nouveau. En aidant Krokmou à se reconstruire, Harold trouve aussi sa propre voie : celle de la connaissance, de l’observation, et non de la force brute. Il devient peu à peu un expert en comportement draconique, impressionnant les autres apprentis vikings. En miroir, Krokmou retrouve sa dignité de dragon libre. Ensemble, ils prouvent que compréhension et coopération peuvent surpasser la peur et la violence.

La première scène de vol entre Harold et Krokmou est l’un des moments les plus marquants du film. Elle marque un tournant émotionnel et narratif : c’est la première fois que les deux protagonistes s’élèvent ensemble au sens propre comme au figuré. L’animation y est d’une fluidité remarquable : le mouvement du vol, la réaction des éléments, les changements de perspective et les jeux de lumière sont réalisés avec une grande finesse. Les environnements, vastes et détaillés, renforcent la sensation de liberté et d’émerveillement, donnant à cette scène une qualité presque onirique.

John Powell a composé une bande originale qui joue un rôle essentiel dans la réussite émotionnelle du film. Sa bande originale mêle envolées lyriques, thèmes héroïques et instants plus intimes avec une grande maîtrise. Dans la scène de vol, en particulier, le thème principal y est puissant, inspirant et profondément évocateur, il accompagne parfaitement l’émancipation de Harold et la complicité qui naît avec Krokmou. La musique ne se contente pas d’illustrer l’action : elle la transcende. Elle donne à l’ensemble une dimension épique, qui participe à ancrer le film dans la mémoire du spectateur comme un véritable conte cinématographique.

Harold et Krokmou, à force de courage et de compréhension mutuelle, vont bouleverser les mentalités de leurs deux peuples. Là où les Vikings ne voyaient que des ennemis, Harold démontre qu’il peut exister une autre relation possible avec les dragons. Ce changement de regard va peu à peu faire évoluer la société viking tout entière. Krokmou, malgré sa singularité, est finalement accepté, tout comme Harold, qui finit par être reconnu non pour sa force physique, mais pour sa sagesse, sa compassion et son courage. Ensemble, ils deviennent les symboles d’un nouveau monde possible, où deux espèces ennemies peuvent vivre en paix.

Le combat final contre le dragon géant, une créature colossale semblable à une montagne en feu, constitue le sommet dramatique du récit. La différence d’échelle entre ce titan et le petit Krokmou renforce la tension : c’est l’intelligence, l’alliance et le courage, et non la puissance brute, qui permettent de triompher. Harold, dans ce combat, met sa vie en jeu et en sort grièvement blessé : il perd une jambe. Cette blessure le rapproche encore davantage de Krokmou, lui aussi marqué dans sa chair. Tous deux deviennent physiquement incomplets, mais renforcés par leur lien. Leur symétrie : dragon et humain, blessés mais unis, symbolise l’idée que la différence n’est pas un handicap, mais une force lorsqu’elle est partagée.

How to train your dragon n’est pas qu’un simple film d’animation : c’est une œuvre sur l’acceptation de soi, l’altérité, et la possibilité de changer un monde en apparence figé par la tradition. À travers la relation entre Harold et Krokmou, le film délivre un message profondément humaniste : la tolérance, l’écoute et l’empathie peuvent déconstruire les peurs et bâtir des ponts entre les mondes. Porté par une animation spectaculaire, une musique envoûtante et une écriture sensible, le film s’impose comme un classique moderne de l’animation et une leçon de courage, au-delà des apparences.

StevenBen
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le 17 juin 2025

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Steven Benard

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