Parti à la recherche de sa fille Lisa, disparue au cours d’un reportage photo ayant pour cadre des terrains de foot de village, Irakli déambule au gré du vent, telle une « feuille morte », dans une campagne géorgienne en proie à l’abandon.
Dans ce road movie métaphysique fascinant et exigeant de plus 3 heures, Aleksandre Koberidze filme ce personnage énigmatique interprété par son propre père, dont l’enquête n’est qu’un prétexte pour témoigner de ce qui est en train de disparaître.
L’œil de la caméra diffère comme toujours de l’œil humain, mais ici le travail plastique produit avec un vieux téléphone portable brouille les frontières entre la forme et l’informe, nous plongeant par instants dans les limbes des pixels, et joue avec la présence invisible de certaines figures comme le compagnon de route d’Irakli. Les lignes et les rectangles construits par la main de l’homme se fondent dans les formes chaotiques du vivant.
Une composition impressionniste des cadres comme ultime tentative de nous relier au réel, à ce qui existe et résiste en dehors de notre expérience. Tout concourt à hypnotiser le spectateur pour l’amener s’il le peut à libérer son regard, bercé par les ritournelles de la musique composée par le frère du cinéaste. Au pays du prince Kvaratskhelia, la magie du foot rejoint celle du cinéma : jouer pour cadrer, partout et pour toujours.
Le père et la fille ne se verront peut-être pas sur la route, mais de retour de voyage ils pourront comparer ce qu’ils ont vu et ressenti, partager ce qu’ils auront aimé.