Du côté de Robinson
6.9
Du côté de Robinson

Moyen-métrage de Jean Eustache (1964)

Première partie du diptyque Les mauvaises fréquentations, ce moyen-métrage suit deux amis, Daniel et Jackson, qui s'en vont "draguer la souris" du côté de Montmartre. Comme nous sommes au cinéma, la première femme abordée se laisse accompagner jusqu'à un dancing place du Tertre, qui s'avère décevant. On suit alors les trois qui déambulent dans le quartier de Pigalle, s'arrêtent boire une bière, finissent dans un autre bar où l'on peut danser. Daniel et Jackson se motivent l'un l'autre pour attaquer cette femme peu farouche, fraîchement séparée de son mari qui la battait, vivant à présent à l'hôtel. Mais la dame accepte plusieurs fois l'invitation d'un homme plus entreprenant. Frustrés, les deux copains décident de quitter les lieux... en se servant dans le sac à main de la proie qui leur a échappée. Comme dit le résumé, ils se vengent de la manière la plus minable. Les 500 francs trouvés dans son portefeuille leur permettront de se payer un double scotch. Le lendemain, pris de remords, les deux compères décideront quand même de renvoyer à la dame le portefeuille contenant des photos de ses enfants.

Il y a beaucoup d'ironie dans l'histoire de ces deux dragueurs qui se la jouent mais s'avèrent incapables de "conclure". Des losers même pas magnifiques. Le film n'est pas un sommet de l’œuvre de Jean Eustache, notamment à cause de l'interprétation : Daniel, en particulier, aux faux airs de Lanvin mâtiné de Depardieu, manque de naturel. Par ailleurs le son, tout en post synchro probablement en raison du manque de moyens, ressort un peu trop sur les images.

Il vaut malgré tout pour sa liberté de ton, qui rappelle le Cassevetes de Shadows, ainsi que pour sa musique (une valse musette déglinguée) et pour sa valeur documentaire : les rues de Paris, le langage argotique de Daniel et Jackson ("c'est bath", "souris", "j'te dois dix sacs", "il en a pas un" pour dire qu'il est fauché, etc.), les films d'art et essai de l'époque (le célèbre Hara kiri de Kobayashi qui apparaît sur une affiche). On saluera encore un beau travelling sur les rues de Paris filmées à bord d'un scooter, que la vitesse floute. Et le suspense amené par des coups sur la porte réveillant Daniel le lendemain : "police !" Fausse frayeur : c'était une blague de Jackson.

Plus connu, Le père Noël a les yeux bleus viendra compléter, versant provincial, cette escapade dans le Paris touristique de deux mâles avides de chair fraîche repartis bredouilles. Et frustrés. Ce qui ne les empêchera pas de continuer à faire les beaux devant le miroir de l'appartement du père de Daniel. Un père absent car, semble-t-il, plus capable de mettre la gent féminine dans son lit... Pan sur le bec de ces deux jeunes coqs.

6,5

Jduvi
6
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le 4 sept. 2025

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