Dune
7.3
Dune

Film de Denis Villeneuve (2021)

Dune, ou plutôt sa série de bande annonce désormais indissociable de tout film moderne, a su m’attiré dans les salles obscures, par l’onirisme quasi mystique qui s’en dégageait. Je ne suis en effet pas un fan de la première heure de Dune et je n’aurais probablement pas fait le déplacement sans ces bandes annonces. Je trouve en effet l’univers trop focalisé sur un élément et donc trop simple d’un point de vue géostratégique, trop féodal, l’histoire trop héroïque, trop aristocratique et sur certains aspects, pas assez diversifié... Bref je ne suis que peu attiré par le monde de Dune et je dois reconnaitre que l’image laissé par le film éponyme de Lynch y est probablement pour beaucoup.


La première heure de film va s’attacher à nous présenter l’univers et les enjeux de l’histoire. Une partie qui aurait facilement pu être endormante mais qui prend le pari d’être extrêmement dense, parfois difficile à suivre et présentant souvent au cours d’une seule et même scène plusieurs aspects de l’univers ou des personnages. Une scène représentative de cette compaction est la scène ou Paul déjeune avec sa mère sur Caladan. Elle n’introduit pas seulement le pouvoir de la voix et du Bene-Gesserit, elle permet aussi de comprendre un peu de la relation entre Paul et sa mère, ainsi que leurs caractères respectifs. Idem quand Paul s’instruit sur Arrakis, c’est parfaitement logique qu’il fasse ça, ça montre une certaine humilité et une certaine curiosité de la part de Paul, mais ça introduit aussi et surtout le spectateur aux spécificités de cette nouvelle planète. Je pourrais citer plein d’autres scènes qui font appel à l’intelligence du spectateur en choisissant d’être à la fois extrêmement dense en détail tout en restant clair sur les éléments qui sont importants pour la compréhension du récit. Que les détails soient compris ou non semble au final assez secondaire pour Denis Villeneuve. Je pense qu’accepter que le public ait différent niveau de lecture en fonction de sa sensibilité et de son vécu est une proposition d’une grande maturité, comme on en voit trop peu dans des films ayant ce budget-là.


Le rythme va ensuite rapidement s’accélérer tout en ne perdant jamais l’aspect contemplatif introduit dès le début du film. Même les grandes batailles sont souvent ramenées à des échelles permettant de prendre la mesure du gigantisme des affrontements. Ce mélange presqu’antagoniste entre contemplation et rythme amène d’ailleurs souvent à des contrastes d’émotions fort et des scènes prenantes à couper le souffle. Le film se prend donc au sérieux et j’ai rarement ris durant toute cette séance. Cela pourrait sembler être une critique, mais c’est au contraire un des points positifs du film. L’absence d’humour, pourtant présente dans tous les films du box-office quel que soit le genre ou les intentions de réalisations derrière ce film. Ici, Denis Villeneuve à une idée extrêmement clair sur ce qu’il veut faire de son film et sur ce qu’il ne veut pas en faire. Il veut un film ayant un souffle, un souffle continu, qui ne saurait être interrompu que par la sidération de ce qui passe sous notre rétine. C’est au final le cœur de la proposition de Villeneuve. Nous prendre par les tripes en nous proposant quelque chose de vraiment novateur et en s’éloignant au passage de certaines inspirations peut être trop présente dans la Science-Fiction et dans le cinéma en général.


Certes, mais comment arrive t’il dans les faits à transmettre cette habile narration et cette viscéralité présente dans presque toutes les scènes. Pour moi, il y arrive principalement grâce aux acteurs, à la sublime musique d’Hans Zimmer mais aussi et surtout grâce à sa photo recherché.


Les acteurs sont tous très bons et joue leurs rôles de manière très subtile. Peu d’éléments sont explicitement dits, mais énormément d’éléments sont soit montré, soit suggérés. Je vais juste prendre le personnage de Raban Harkonnen que j’avais trouvé ridicule dans le film de Lynch est ici très finement joué. On sent bien que c’est une brute, on sent qu’il n’est pas subtil, exactement comme dans le film de Lynch, mais il semble à fleur de peau et en permanence en proie au doute. On ressent malgré tout l’amour sincère qu’il a pour sa famille et pour son oncle en particulier. Tout ceci ne m’a pas empêché d’éprouver une profonde répulsion pour les actions qu’ils mènent par dévotion à sa famille. Ça, c’est ce que j’appelle un personnage contrasté. En termes de contraste, j’ai aussi particulièrement bien aimé le jeu entre Paul Atréides et sa mère deux personnages joué de manière subtile. Jessica Atréides m’a particulièrement touché parfois super bad ass mais aussi extrêmement fragiles. Ça fait plaisir de voir un personnage féminin aussi bien travaillé se libérant de l’obligation d’être fortes pour simplement être elle-même. Paul est aussi touchant en particulier dans cette scène


ou après un jeu tout en retenue il énonce à sa mère avec colère l’impression qu’il est un monstre et que c’est injuste


. On en revient donc souvent au contraste qui est le cœur des émotions qu’on ressentira avec les personnages tout au long de ce film. Alors j’en conviens, le contraste est souvent subtil, il est rarement explicite et je suis persuadé que nombre des gens qui me liront n’auront pas eu les même sentiments que moi. Mais comme je disais plus haut, la maturité du film est un atout, qui en fait, à mon sens une vraie expérience unique de cinéma. On aura beau tous avoir vu le même film sortira t’on tous avec les mêmes interprétations ? Je pense que non, et j’ai la conviction que ça fait aussi partie de la proposition du film. Que c’est un des éléments du mystère de ce film et que ça renforce son côté mystique.


Parce que le côté mystique de ce film transpire dans chaque image, chaque plan et chaque musique qui accompagne ces scènes. La photo est sublime et on sent vraiment que ce film a été tourné grande partie dans des milieux naturels à couper le souffle. Le travail sur la prise d’image a vraiment été réfléchi (à ce titre je recommande la vidéos du fossoyeur de film qui interview Denis Villeneuve sur ce sujet précis). ça exsude la passion pour l’univers de Dune mais aussi un aspect véritablement contemplatif. Les plaines brûlantes du désert d’Arrakis sont sublimées et le danger du désert irradie tout le long du film. Quant au design des éléments, ils sont juste sublime maniant à la perfection modernité et tradition. Pour moi ça c’est une véritable vision du futur car les êtres humains seront toujours attiré par leurs racines. Le gigantisme de certains plans laissent vraiment songeur, mais Villeneuve dans les rares plans d’Arrakis souligne souvent le gigantisme des vaisseaux pour à son tour souligné le gigantisme de la nature. Ce ne sont pas les seuls plans ou cela se déroule mais ce sont pour moi les plus marquants et ils montrent que le réalisateur à une vraie idée en tête en nous montrant ça. Idem pour certaines scène d’action ou j’ai eu l’impression de me trouver directement dans la bataille à côtés des héros dont le jeu est mis en avant par des plans qui accompagne la narration de bout en bout. Show don’t tell… Mais quelle classe dans la manière de nous montrer les choses !


Un des rares points dont je n’ai pas encore parlé est l’histoire. L’histoire est classiquement efficaces, une sorte d’histoire messianique saupoudrés de géopolitique cohérente et habilement distillée, sans qu’elle n’interfère dans l’avancé du film, dans son souffle. Bref, une très bonne histoire au final mais qui ne justifierait en rien une note si élevée. Si ce Dune m’a autant marqué, c’est parce que je n’avais jamais vu un film être aussi cohérent avec lui-même et ces propres objectifs, il n’est pas spécialement là pour nous faire rire. Il n’est pas non plus là pour nous expliquer de manière encyclopédique l’univers de Dune. Je pense qu’il est juste là pour nous transmettre une passion, celle de son réalisateur envers un univers qui l’a profondément bouleversé et dont il se fait humblement le messager. Je dois bien reconnaitre que ce qui est proposé ici c’est de la vraie science-fiction dans le sens ou ce film parle avant tout pour moi d’humains et de société humaine. Ce qu’il propose est pour moi véritablement différent de tout ce que j’ai vu avant en SF. Depuis combien de temps n’ai-je plus vu de film de SF fait par un passionné qui dispose du temps, de l’argent et des sommes de talents nécessaire pour aller au bout d’une telle proposition visuelle et narrative ? Je pense que ça fait bien trop longtemps. Certes ça en dit long sur le cinéma actuel. Mais ça en dit aussi et surtout très long sur la rareté d’une proposition aussi authentique. Ce film m’aura laissé sans voix tant par son originalité, sa photo, sa bande son, ses acteurs, le design de ses architectures que par la rigueur et la précision dont il fait preuve pour tous les éléments cités plus haut. Je pense qu’on a la une œuvre qui cherche moins à plaire à une audience qu’à partager la vision d’un réalisateur. Il est possible que ça ne séduise pas tout le monde, mais réussir à sortir d’une industrie pour mettre en avant la vision d’une équipe de passionnés, pour moi c’est entre autre ça qui fait de ce film une vraie proposition de cinéma.

Nicolas_Otter
10
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le 19 sept. 2021

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Nicolas Otter

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