Voilà un film qui ne demandait qu'à être réévalué. Qu'on se mette à la place d'un collégien, pas nécessairement cinéphile, qui vient de lire Dune et qui se dit : "tiens, chouette, il y a un film!" On imaginera quelle aura pu être ma déception première face à cette étrange adaptation.

A le revoir aujourd'hui, je mesure pourtant à quel point c'est une adaptation fidèle, réussie même. Il suffit d'ailleurs de le comparer aux opus plus récents de Villeneuve pour mesurer à quel point le film de Lynch plane loin au-dessus. Villeneuve n'aura fait qu'en tirer un blockbuster lisse au possible, qu'on a l'impression d'avoir déjà vu cent fois.

Si on se demande ce que David Lynch est allé faire dans cette galère, il suffit de voir la seconde scène du film pour le savoir. Nous y voyons un navigateur de la guilde spatiale, monstre vivant dans une cuve emplie d'épice, venu sermonner l'empereur au sujet d'un danger émergent. Déjà l'évidence apparaît. On sait l'appétence de Lynch pour les monstres, en particulier les monstres humains. Or l'univers de Herbert, se plaçant dans un lointain futur peuplé de post-humains, est un univers de monstres. Que l'on songe au baron Harkonnen bien sûr, mais aussi aux mentats, ces ordinateurs humains, ou aux sorcières du Bene gesserit aux réflexes surhumains et manipulant l'étrange voix dominatrice, où aux gholas et de manière générale au Bene tleilax. Ajoutons la dimension mystique et transcendante, à travers les visions du futur par exemple. Dès lors, que David Lynch s'approprie un tel univers est, finalement, une évidence.

Et si le film est daté dans ses effets, il faut saluer le fait qu'il arrive comme nul autre à retranscrire l'atmosphère du roman. Tout en lui restant très fidèle, en plus. Ainsi de la présentation du début, faite par la princesse Irulan, dont tout lecteur sait que les textes nourrissent les incipits de nombreux chapitres du roman. Lynch n'a pas seulement adapté Herbert, il en a capturé l'essence. Ainsi de la voix off qui restitue les sous-entendus constants dans les dialogues de l'oeuvre originale.

Dès lors, toute la première partie est un pur bonheur.

Malheureusement, les choses se gâtent à partir de la première rencontre de Paul avec les fremens. C'est qu'il aurait fallu un deuxième film pour bien mettre tout cela en place. Ou que celui-ci dure une bonne heure de plus. Tout s'enchaîne bien trop rapidement, et sans doute le spectateur n'ayant pas lu le roman s'y retrouvera complètement perdu. Car si Lynch continue à suivre le roman à la lettre, il le fait avec des raccourcis très dommageables. Il faut dire que le premier volume ici adapté est en fait constitué de trois tomes distincts, et fait plus de 800 pages.

Malgré tout, grâce à la qualité de la retranscription de l'univers, l'adaptation de David Lynch s'avère une grande réussite. Mais c'est paradoxalement sa pertinence qui explique son échec public, car celui qui n'est pas familier de l'oeuvre de Herbert y verra les défauts qu'on peut lui imputer, mais en condensé, tandis que le lecteur assidu, lui, pourra être rebuté par les procédés baroques de Lynch. Pourtant, cette étrangeté indéniable est celle de l'oeuvre originale. Dune est un roman qui ose le grotesque, et dont les effets sont volontairement portés à saturation.

C'est ce qui a fait, je pense, le succès des romans, cette vision à nulle autre pareille.

C'est ce qui fait, paradoxalement, les supports n'étant pas les mêmes, le peu de succès de cette adaptation.

BigDino
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