Ecrit sur du vent, c'est le mélodrame sirkien dans toute sa splendeur. C'est l'histoire d'un magnat du pétrole et de sa famille, avec l'option habituelle du fils naturel mais que le père considère indigne, et du fils adoptif qui a toute l'estime.
On se doute que le fils naturel n'aimera guère une telle situation.
Rien d'original donc, mais c'est dans le traitement des personnages que le film se démarque.
Il y a le père : de ce côté-ci, rien à signaler. Un magnat self-made qui a en horreur sa progéniture gâtée par trop de luxe.
Il y a Kyle, le fils naturel (Robert Stack). Il dilapide son ennui en satisfaisant son moindre caprice, peu importe le prix. Mortifié par la manière dont son père le considère, il sombre volontiers dans l'alcool et est en proie à des terreurs nocturnes. Là où l'écriture se révèle particulièrement réussie, c'est qu'il n'en veut pas pour autant à Mitch (Rock Hudson), qui reste son meilleur ami.
Le coeur du drame, c'est la rencontre avec l'inévitable femme, Lucy (Lauren Bacall). C'est Kyle qui emporte le morceau, et il est ravi d'être pour une fois arriver devant Mitch. Or, son complexe d'infériorité va le pousser à imaginer ensuite le pire, concernant sa femme et son ami.
Pour lancer le drame, il manque le déclencheur : c'est Marylee, la soeur de Kyle (Dorothy Malone), amoureuse de Mitch depuis sa plus tendre enfance. Aussi voit-elle d'un mauvais oeil l'arrivée de celle que sa jalousie ne manque pas d'identifier comme une rivale plus que sérieuse.
Marylee est sans doute le personnage le plus bouleversant du film. Son chagrin la pousse aux plus grandes extrémités, au point qu'elle parvient à se faire détester de son entourage, et comment dans la solitude pourrait-elle remonter la pente? Mère morte et père absent et distant, frère qui la déteste, elle n'a rien pour sortir du malheur dans lequel elle se complaît. Dorothy Malone, toute en mimiques, est assez souvent insupportable, mais ce n'est jamais qu'à l'image de son personnage.
Ecrit sur du vent est un film d'une grande tristesse. C'est une histoire sur des personnages qui ont tout, sauf ce qu'ils veulent. Leur richesse n'est qu'apparence, puisque leur vie est d'une platitude telle qu'ils peinent à trouver de quoi la remplir, au point de prendre l'avion pour aller prendre un hamburger, et pourquoi pas, puisque l'argent est la seule chose qui ne leur manque pas?
Un film sombre, mais finalement, l'amour triomphera, dans un très beau final.