Eddington
6.2
Eddington

Film de Ari Aster (2025)

Eddington c'est cette petite ville fictive du New Mexico et laboratoire de la nouvelle expérience de l'attendu Ari Aster. Fictive, car elle se présente comme une Amérique miniature, qui concentre en elle tous les problèmes, toutes les obédiences politiques, toutes les origines ethniques. Fiction pure donc, mais dans laquelle on pourra à chaque coin de rue tomber sur la folie qu'incarne par ce personnage en ouverture.

Cette communauté est replongée en mai 2020, période étrange où la planète se retrouvait pour moitié confinée et sa population face à une pandémie mondiale. Choix périlleux tant on sait les souvenirs inquiets puis lassés qu'elle convoque et tant sa proximité nous joue parfois une envie de la repousser dans les tréfonds de nos memoires : trop loin et à la fois trop proche.


Un lieu, une époque qui d'emblée empêchent la pleine adhésion.


Bénéfice du doute donné, c'est dans ce grand cirque tragique qu'Aster anime ses médiocres personnages et, délaissant les angoisses intimes de Beau is Afraid (bien que la figure maternelle - ici belle-mère - ait toujours un rôle aussi polluant), tend vers celles de son pays tout entier ; et quelle tâche titanesque, perdue d'avance, que de vouloir prendre le pouls, avec si peu de recul temporel, d'une telle échelle de population !

Il nous sert donc un pot pourri des angoisses et contradictions américaines, où les fake news assaisonnées aux pires théories du complot tournent en boucle, planant dans l'air comme des tweets black lives matter ou des live facebook et les absurdités parfois contradictoires des dispositifs sanitaires. Aster touille, prend un malin plaisir à gratter la merde du fond de la casserole, à faire remonter à la surface la pire crasse de nos sociétés, et son film devient, comme on le pressentait, très indigeste, bavard, poussif et maladroit.


Certes le jeune réalisateur démontre une nouvelle fois sa capacité à créer des mondes secondaires dans des contextes apparemment familiers et également à atteindre les limites du supportable, montant la tension et faisant bouillir des cerveaux prêts à (littéralement) exploser, le tout bien aidé par la folie fiévreuse de la maladie et la vélocité terrible des réseaux sociaux. Mais mettre les nerfs à vif n'a d'intérêt que si un propos suit, ce que le film (donc le réalisateur) semble bien en peine de nous proposer, n'offrant qu'un brouillon pluriel et profondément illisible. C'est sûrement bien là son objectif, celui de mettre en lumière notre époque qui l'est tout autant.


Mais en résumant la politique à une gueguerre de voisins (Pedro Pascal, au personnage aussi pauvre que ridicule), à de l'affect pur ("ouin, il a volé mon amoureuse"), à une course à l'argument putassier (qui ira le plus loin sans y croire ?) ou au jeu de "qui retournera sa veste en premier", le réalisateur joue un jeu dangereux et entretient le sentiment de l'inutilité de la politique et de la haine de ses représentants tant ressenti à travers le monde.


Sous couvert de farce politique, Aster ne tire aucune leçon ni aucune critique, livrant un récit grossier (parce qu'américain ?) dans lequel s'applique un lissage relativiste des causes par la dérision et l'exagération, floutant le sujet et ne donnant aucun indice sur la position se son auteur. Malgré sa haine et sa fureur, son Amérique blanche est molle, incarnée par un Joaquin Phoenix décidément génial en pauvre type dépassé par les évènements et continuellement humilié, qui écrase littéralement les os de Geronimo, celui dont elle a volé la terre, nous le rappelle-t-on plusieurs fois.


Alors oui, ça pique, ça fait rigoler (quelques délicieuses images sont à garder, comme ce discret livreur Amazon Prime bloqué par une manifestation pacifiste anti police), ça tire un peu dans tous les sens, en fermant les yeux. Ça manque donc cruellement de précision, d'efficacité. Et il y a forcément quelques dommages collatéraux à déplorer.


Car comme d'habitude aux États-Unis, ce sont les plus faibles qui trinquent, et tout cela finit en bain de sang, dans une fusillade ridicule et sans rythme où le mythe de Rambo est détourné. Mais tout ceci ne méritait pas non plus cette longueur injustifiée et ces effusions gores faciles, placées ici comme pour satisfaire le chaland.

Créée

le 14 août 2025

Critique lue 27 fois

Charles Dubois

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