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Citizen Vain
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le 16 juil. 2025
Depuis la surprise créée avec son hérédité d’A24, offrant une horreur différente de celle des productions BlumHouse, Ari Aster est considéré comme un réalisateur incontournable du genre. Midsommar, son film d’horreur solaire, a confirmé son talent dans ce domaine, tout en nous faisant découvrir un nouvelle actrice, Florence PUGH (Dune 2, thunderbolts*). Cependant, il est évident qu’avec Eddington, le cinéaste ne veut pas s’enfermer dans le genre qui l’a fait connaître en mettant en scène un western métamorphe qui en laissera plus d’un sur le carreau.
Après le Civil War d’Alex Garland, Ari Aster nous brosse son constat sans concession de la société américaine depuis les différentes crises qu’elle traverse depuis les années 2020. Il le fait, non sans un certain humour noir, à travers le regard d’un shérif dépassé par les évènements lorsque sa petite bourgade bascule dans une folie progressive, sans retour possible. Ce dernier prend les traits de Joaquin Phoenix qui, en voulant bien faire pour sa ville, va se retrouver dans une spirale d’évènements qui le changeront à tout jamais. Autour de lui gravite une galerie de personnages aussi étranges que perturbés. De sa femme campée par une Emma Stone totalement effacée, un Austin Butler, en apprenti gourou dans le bien être, jusqu’au maire, joué par Pedro Pascal. La hype autour de cet acteur me dépasse totalement. Si le fait de jouer dans 3 films sortis cette année suffise à ce que tout le monde soit en admiration, cela me paraît totalement surfait, même s’il joue bien.
C’est d’ailleurs un des défauts du film car il y a beaucoup de personnages qui sont à peine esquissés. On peut avancer l’idée que la dénonciation par le scénariste de ce qui ne va pas dans cette société contemporaine est plus importante que les individus eux-mêmes qui se complaisent dans leur propre réalité, en niant celle des autres. Cette perte d’humanité se retrouvent, également, dans de nombreuses scènes les empêchant d’avoir une réelle interaction entre eux. Nous avons par exemple la scène où le shérif et le maire se parle à 2 mètres de distance, au début du film.
La photographie de Darius Khondji évolue au gré du long métrage passant d’une atmosphère de western, de film politique, de film social, de la comédie, de film d’action lors d’une scène de fusillade aussi étonnante que longue donnant une certaine force à chaque scène. Le public sera désarçonné car on bascule d’un genre à l’autre, par des transitions inattendues et surprenantes dont la plus marquante est, assurément, celle avec Pedro Pascal se reposant dans son salon tout en regardant la télévision.
Étonnamment, alors que depuis le début du film, on aborde frontalement les problèmes de la gestion du port du masque, du mouvement Black lives Matter, du wokisme, des pseudo-coachs de vie, du dénigrement des forces de police, de la suprématie blanche, du racisme systématisé, de l’influence technologique sur les individus, des mouvements sectaires, cela devient beaucoup plus flou dans le dernier tiers. L’état final dans lequel termine Joaquin Phoenix interpelle bien que certaines pistes, disséminées tout au long du film, peuvent donner une explication plausible. Cela relancerait des débats enflammés posant encore problème aujourd’hui dont nous ne connaissons pas totalement l’ampleur, avec certitude. Est-ce pour éviter une censure du film ou des scènes ont été coupées pour éviter de dire les choses jusqu’au bout ? Seul Ari ou son équipe pourrait nous le dire. Après était-il nécessaire d’aborder autant de sujets que le public connaisse déjà, sans le blaser, sur une durée de 2h28 ? Laissons le public en juger.
Au final, Eddington n’est pas un film d’horreur comme on pouvait si attendre mais une satire sociale sur la folie gangrénant toute la société américaine, des adolescents jusqu’au plus haut sommet de l’état, avec une gestion catastrophique des crises successives que nous vivons au quotidien.
Le cinéaste essaie de réveiller les consciences pour que l’on sorte de ces cercles vicieux menaçant nos sociétés à moins que l’on ne soit déjà que des légumes en état végétatif attendant notre mort prochaine…Il n’en reste pas moins que le constat global est amer et ne manquera pas de diviser le public, selon la manière dont on apprécie le film. Cela reste, sans hésiter, une nouvelle captation cinématographique de notre époque troublée par un réalisateur qui veut toujours surprendre son public quoi qu’il en coûte.
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le 1 août 2025
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