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Citizen Vain
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Eddington est destiné à être considéré comme un film "confus", "vide" et même "vain" par tout critique confus, vide et superficiel.
Le cinéma est bien souvent un miroir de nos propre idées et n'offre pas de nouvelles références pour la pensée. Un mouvement cinématographique pur, c'est un ensemble d'images toujours innocentes en apparence, qui cache en fait des questions fondamentales.
Ari Aster après avoir exploré l'horreur et le surréalisme, embrasse un cinéma plus profond et réel, où une simple vitre, une musique de Katy Perry et un portable sont revêtus d'un immense poids sémantique. Le symbolisme est à chercher dans le banal, le quotidien, ce qui était déjà le succès de Midsommar où son héroïne étonnait par son naturel, plutôt que dans l'exotisme et l'ésotérique du festival païen.
Pour l'esprit attentif qui valorise ce regard chez Aster, Eddington représente une véritable mine d'or, où le moindre élément à l'écran est une sorte d'objet dialectique destiné à s'opposer à tout un champ de symboles. C'est un film d'étudiant, d'analyste de cinéma.
De par la pureté de sa proposition, Aster délivre un discours sur l'essence de la technologie moderne, sa capacité à tout acquérir pour elle. Lorsque Joe Cross se confie à son smartphone, il livre son âme au règne de la technique moderne, à l'instar du fidèle qui remet son âme à l'église par la confession.
Sa volonté de puissance, encouragée par la violence des outils, s'accroit jusqu'à l'absurde total, où l'explosion de violence s'affirme comme l'antithèse du tarantinesque : plutôt que vivre l'exutoire libérateur, le personnage s'enferme toujours plus dans l'angoisse et le néant, achevé enfin par un geste technique primordial qui finit de soumettre totalement son esprit.
L'ambiguïté de Midsommar, où le cinéaste semblait davantage se transposer dans la victoire païenne que dans la victime expiatoire, disparait. Aster déploie une compréhension spirituelle plus précise : la victoire du jeune homme n'est qu'une illusion sociale, pleine d'hypocrisie évidente tandis la caméra se transpose directement dans la victime expiatoire, le cinéaste ne se distancie plus du destin funeste, il en est pleinement conscient. Je vois là l'accomplissement d'un artiste, qui tire les justes leçons de son travail passé pour donner un message plus raffiné. Cette question de l'ambiguité me faisait douter de la vision d'Aster, mais avec Eddington, il prouve qu'il en est bien le premier conscient et le plus à même à questionner .
Eddington est donc bien une production aboutie d'un auteur qui vaut le détour. Le cinéma d'Ari Aster semble être celui de la soumission obligée, du masochisme involontaire, mais il touche ici la réelle source de l'avilissement du désir : la technologie moderne, qui s'accapare chaque instant de la vie pour l'ingérer et la réinterpréter, afin que tout âme ne soit qu'une médaille de ses conquêtes.
Créée
le 19 août 2025
Modifiée
le 19 août 2025
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