Eddington
6.2
Eddington

Film de Ari Aster (2025)

Eddington est un miroir amer et fascinant de l’Amérique profonde.

Son histoire, aux terres pillées, est gravée dans la mémoire vive de ses déserts arides où, à présent, plus personne ne croit en rien, sauf en ses propres théories.


Rivés chacun sur leurs téléphones, ils se perdent dans des idées complotistes et foireuses.


Dans cette ville symbolique, Joe est un shérif aux prises avec des enjeux qui le dépassent. Un homme de loi plutôt bidon, interprété magistralement par Joaquin Phoenix, qui porte en lui toutes les contradictions d’un pays, loin du monde, que le Covid ne peut atteindre, avec des masques inutiles. Une pandémie absurde, théâtre de fake news.


La caméra d’Ari Aster voyage avec un certain talent aux côtés de cette population qui s’organise face à sa propre version du danger, où se fabriquent des gourous. Cette envie de pouvoir, d’illusions collectives.

Entre western contemporain et représentation historique.

On rit, on réfléchit, on médite sur toutes ces vidéos virales qui modifient les comportements et les décisions prises, quand tous les coups sont permis — notamment les plus bas — dès qu’il s’agit de politique.


Une seule fausse note, selon moi : malgré tous ces très bons acteurs, malgré ce très bon film, c’est cette fin, et le choix de ce commando sorti de nulle part, qui cavale après Joe comme un lapin. Je trouve l’idée un peu excessive, difficile à appréhender.

Mais bon, tout cela n’enlève en rien les qualités de ce film, qui parvient à toucher du doigt l’âme d’une ville. La peinture et les fissures, aux couleurs pleines d’émotion et de réalisme dramatique.


Avec une mémoire qui mêle lutte contemporaine et jeunesse en colère, survoltée par une prise de conscience à propos des terres amérindiennes volées.

Ainsi que des échos de l’affaire George Floyd, et des violences policières.

C’est pourtant sans jugement que le réalisateur filme ces jeunes militants, plus désabusés qu’organisés. Sans passé ni présent, voulant un monde meilleur.

Une révolution par les réseaux sociaux. Happés par la désinformation et la bêtise humaine.


Mais aussi cette colère simulée, auprès de jeunes merdeux favorisés, sans boussole, jouant aux allumettes. Déposant un baiser calculé sur des lèvres convoitées, créant ainsi de jeunes opportunistes d’extrême droite. Et des esprits tordus, prenant les rênes d’une ville pour y semer leur venin. Pendant que de pauvres innocents observent cette situation, qui finit par les transformer en futurs coupables.


Mais au fond, ce qu’on retient d’essentiel dans Eddington, c’est cette force impersonnelle et envahissante qui apparaît au début et à la fin du film, et qui prend le pouvoir sur nos vies.

Un danger que plus personne ne semble maîtriser, lorsque chacun détient sa propre vérité.



GrogroGrigri
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le 19 sept. 2025

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