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Citizen Vain
Quand le réel est devenu une mauvaise farce continuelle, quel rôle peut encore jouer la satire ? La question avait déjà commencé à émerger en compétition à Cannes 2024, avec The Apprentice d’Ali...
le 16 juil. 2025
Dans cette critique je vais parler du film Eddington réalisé par Ari Aster. Je n’ai vu qu’un seul film de lui à part celui-là, c’est Midsommar, que je n’avais pas beaucoup aimé.
Donc je me lance dans ce film sans même savoir, à vrai dire, que c’était le même réalisateur et au final je trouve le film vraiment très réussi.
Dans ma critique de Une bataille après l’autre je reprochais à son auteur de ne pas avoir de couilles pour assumer son propos politique et bien avec ce film c’est tout le contraire : l’auteur pose clairement ses couilles sur la table et dit en gros « allez tous vous faire foutre, j’en ai marre de vos conneries et peu importe votre camp, peu importe vos idées, vous me cassez les couilles. »Une espèce de cri libérateur qui m’a fait du bien perso. Renvoyer dos à dos toute cette merde qu’on vit actuellement, il y a quelque chose de satisfaisant. La première partie du film c’est littéralement Twitter le film, le réalisateur prend un malin plaisir à prendre à peu près tout ce qui est possible de prendre, c’est-à-dire tous les avis politiques, tous les avis, comment dire, complotistes, tous les avis en général qu’on peut retrouver sur Twitter et il les met à l’écran tel quel. Il crée des personnages et leur donne comme texte littéralement des tweets. Et s’il fait ça c’est parce que son film est centré sur la mauvaise influence avant tout des réseaux sociaux mais de l’information en général, de tout ce qu’on voit.
On peut y voir effectivement une critique des médias et d’Internet qui se dit être informatif.Et bien il prend tous ces profils, toutes ces caricatures même, et leur rend tous dans le lard.
C’est ultra jouissif et pas d’autre chose seulement. C’est pas aussi drôle que ça aurait pu l’être parce qu’avec un tel sujet il y avait de quoi faire un film satirique parfait et bien non, le réalisateur ou le scénariste, je sais pas si c’est le même, a décidé de ne pas en rire justement parce que ça fait bien longtemps que ce n’est plus drôle.
Ça fait bien longtemps que South Park est devenu réel. Avant on pouvait en rire, on pouvait dire « ça n’arrivera jamais ce genre de bêtises » mais maintenant c’est partout et le pire c’est que les gens le croient et c’est ça que le film dit, c’est ça que le film pointe du doigt : fini de rigoler avec ces conneries, regardez ce que ça fait.
C’est un film globalement sur l’aliénation des États-Unis. Moi je rajouterais de l’Occident en général parce que tout ce qui est aux États-Unis arrive forcément chez nous en Europe. Ils sont toujours les premiers à plonger tête baissée peu importe la connerie en question et comme nous on n’est pas beaucoup plus malins mais qu’on se pense plus malins et bien on finit par y tomber mais genre 5-10 ans après. Donc ça nous concerne aussi. C’est une critique du monde actuel pour nous, Occidentaux. Je ne pense pas que les Asiatiques, les pays arabes ou les pays africains soient concernés par ça. Heureusement eux ils ont encore gardé une certaine logique, pas dans tout, et eux aussi sont frappés par d’autres maux politiques, religieux voire même carrément culturels mais ils ne sont pas encore tombés aussi loin que nous, Européens et Américains (Américains au sens nord-américain).Alors après avoir dit tout ça, de quoi parle le film concrètement ? Qu’est-ce que tu critiques ? Et bien il critique tout simplement tout type d’influence. Il aborde la question de la religion même si c’est pas la partie où, étrangement, il tape le plus dessus, surtout vu la fin qui est quand même la seule partie où le personnage qui s’enfonce dans la religion finit heureux.
Mais il l’a mise au même plan que les autres. Après peut-être que ce bonheur est illusoire mais j’ai des doutes.Ce qui prend le plus cher ce sont les mouvements sociaux, alors Black Lives Matter en premier lieu et franchement je m’attendais pas à ça dans le cinéma américain. Mais avoir un film qui tape aussi fort sur quelque chose qui pourtant semble intouchable, je salue le parti pris surtout que maintenant on connaît les dessous de toutes ces histoires et on sait très bien que ce truc était une grosse arnaque qui a juste servi ses dirigeants qui sont tous devenus de bons gros millionnaires en soi-disant protégeant des personnes qu’ils n’ont au final jamais protégées, enfin bon.
Ici c’est pas tant ceci qui est critiqué mais plus comment ça a été récupéré pour se donner bonne conscience, principalement par les Blancs, parce que concrètement dans le film ce sont des petits Blancs qui mettent un genou à terre et disent qu’ils sont désolés par l’oppression qu’ils auraient exercée. Comme je vous ai dit : Twitter le film.
Et c’est cette branche-là qui est tournée en dérision mais sans jamais que ça soit drôle et le principal investigateur de ça se lance dans ce mouvement juste pour plaire à une fille et elle le fait juste pour plaire à un mec. Il n’y a absolument aucune cause en laquelle ils croient, c’est juste pour bien se faire voir.
Mais c’est monté en épingle et ça finit mal forcément, donc le film en met déjà une grosse ici.Ensuite il va attaquer tout le système autour du Covid-19 et là pareil, tout le monde en prend : aussi bien les autorités qui ont mis au point des règles qui maintenant nous paraissent complètement aberrantes quand on regarde avec du recul mais qui à l’époque nous paraissaient totalement normales et quand tu revois ce film qui se passe donc pendant le Covid et que tu vois toutes les situations ubuesques que ça a causées tu te dis « putain de merde, ils nous ont quand même bien baisés quoi, on est vraiment tombés dans une hystérie collective. »Et oui clairement on a déshumanisé des gens juste pour un masque par exemple. Quand tu vois ça dans le film c’est troublant parce que ça semble ridicule mais on l’a vécu pendant plus d’un an donc déjà le seul fait que le film remette ça en cause c’est fort. C’est pas pour autant qu’il part dans la théorie du complot pour autant, il dit pas que le virus n’a jamais existé parce que l’autre camp qui en prend plein la gueule c’est justement les antivax et ceux qui disaient que le Covid n’a jamais existé. Eux aussi ils prennent cher.
Quand je vous disais qu’il prend tout le monde et qu’il tape sur tout ce qui bouge, bah c’est ça : c’est un film littéralement qui en a eu marre en fait de toutes ces conneries mais il dit pas « toi tu as raison, toi tu as tort », il dit « non, vous me cassez tous les couilles, vous avez tous tort en fait. »Ça tire un boulet rouge sur les réseaux sociaux et leur utilisation, la désinformation que ça provoque, la paranoïa que ça peut créer et le fait de monter en épingle des trucs qui devraient être mineurs.
Ça critique aussi les politiques parce que tout le film est question d’élection locale, les deux personnages se battent pour être maire.
C’est d’ailleurs à ce moment-là que le propos sur le Covid est le plus fort parce que les deux parties sont à l’opposé sur comment procéder : l’un suit les directives et l’autre demande la liberté.
Ça parle aussi de comment les entreprises corrompent la politique : il est question d’installer un serveur près de la ville et bien entendu le maire a des affinités avec le promoteur.
Ça parle de plein de sujets en fait et comme je vous ai dit si vous êtes sur Twitter tous ces sujets-là vous les voyez passer tout le temps et le film les renvoie bien dos à dos.Et ça concrètement c’est la première partie. À la deuxième partie le film n’est plus trop une satire ou un pamphlet mais tombe dans le thriller pur et simple. En effet le personnage principal, joué par Joaquin Phoenix, tue son rival, joué par Pedro Pascal, qui était donc le maire sortant. Il le tue, lui et son fils, et la deuxième partie est centrée sur comment il peut s’en tirer, masquer les preuves et faire accuser quelqu’un d’autre.
Pour autant ce n’est pas décorellé de la première parce que le film, comme je disais plus haut, est sur l’aliénation et c’est un ras-le-bol général qui pousse le personnage à une folie pure. À ce sujet-là le personnage que joue Phoenix ici est extrêmement proche du personnage qu’il joue dans Joker.
Il y a pratiquement les mêmes éléments qui sont mis en place pour le faire tomber dans la folie : une figure maternelle néfaste, un problème avec les relations amoureuses, un travail où il est tout le temps ridiculisé, une société qui l’abandonne de plus en plus et le tournant c’est quand sa femme part avec le gourou de la secte. C’est à ce moment-là que le personnage bascule et on arrive au meurtre.Il faut aussi savoir, pour bien comprendre la bascule, que le personnage est le shérif de la ville donc tout le mouvement Black Lives Matter frappe aussi son métier. Dans cette ville tout est mis en épingle pour le faire accuser lui aussi d’être violent, tout est détourné, tout est amplifié et il est provoqué.
C’est tous ces éléments mis bout à bout qui le font péter un câble.Et pour autant le film se finit sur un climax très action : à un moment un groupe terroriste va arriver dans la ville dans le but de tuer les flics et la scène finale est donc le personnage de Phoenix qui est poursuivi par ces hommes-là dans toute la ville.
Et là où la première partie est plutôt académique, plutôt carte postale pour montrer comment tout part en couille, la réalisation s’envole soudainement dans la dernière partie du film et il faut reconnaître qu’en termes de rythme et de placement de caméra dans l’action c’est bluffant. Toute la scène finale est une pure réussite en termes de réalisation.
Je repense à ce plan-séquence où il marche avec l’énorme mitraillette qu’il a dans la main et pour montrer la paranoïa qui monte en lui la caméra suit les mouvements de sa tête pour montrer chaque angle : tu regardes où, à chacun des angles où il regarde il peut y avoir une menace. C’est extrêmement bien filmé, c’est très tendu et c’est un peu une métaphore de tout le reste en fait : le personnage à la fin est poursuivi par des inconnus et il tire sur tout ce qui bouge.
Il ne fait plus de distinction, juste il a un ras-le-bol total, il ne discerne plus rien et donc il tire sur vraiment tout ce qui bouge, comme une métaphore du film qui lui aussi en a marre et tire sur tout ce qui bouge sans distinction possible.C’est un regard assez simple sur l’Amérique actuelle, c’est une sorte de western moderne. Tu peux le trouver un peu long surtout dans sa première partie qui, on va pas se mentir, est vraiment casse-couilles parce que justement tout ça est assez chiant déjà à vivre au quotidien alors le retaper dans un film c’est pas agréable, mais vu ce qu’il en fait, vu le slow burn que propose le film, plus les minutes passent plus tu es impliqué dans l’histoire et quand la deuxième partie commence il est impossible de décrocher du truc.Reste des personnages sous-exploités, par exemple la femme de Phoenix qui est quand même jouée par Emma Stone mais qui a pas grand-chose ni à jouer ni à développer, ce qui en fait donc un sacré gâchis quand on sait l’actrice qu’est Emma Stone.
Pareil pour Pedro Pascal : au final son personnage est plus un obstacle et même s’il y a un propos derrière, contrairement à celui d’Emma Stone, ça reste très léger.
Après le focus est évidemment porté sur le personnage de Phoenix, c’est lui le personnage principal du film et on développe plutôt bien aussi ses assistants et les jeunes qui se mettent à faire des manifs.Par rapport au personnage d’Emma Stone il y a tout un truc par rapport à la pédophilie mais c’est un peu lancé comme ça, j’ai pas trop vu l’intérêt ni où cela voulait en venir si ce n’est ce qui la fait tomber dans la secte donc quelque part une critique de tous ces trucs qui se disent être bons pour toi mais qui au final se servent de tes faiblesses dans leur intérêt.
Comme tout mouvement idéologique, comme tout ce qui est critiqué dans le film. Tant qu’à ce niveau-là c’est plutôt cohérent mais là, comme je disais plus haut, la fin de ce segment est étrangement positive.
On apprend dans le film que le personnage de Phoenix veut des enfants mais que sa femme, qu’on devine instable psychologiquement, ne lui permet pas d’en avoir et c’est jamais dit qu’elle ne peut pas en avoir, juste qu’ils n’ont pas de relations sexuelles et lui il pensait que c’était par rapport à un viol dont la mère du personnage d’Emma Stone parle souvent, à savoir celui que sa fille aurait subi des mains du maire actuel, le personnage de Pedro Pascal.
C’est pour ça que cette partie est celle qui me fait le plus douter : je n’arrive pas à savoir si c’est vrai parce que le personnage de la mère est l’archétype même du personnage influencé par les théories du complot et qu’elle est globalement très toxique.
Mais d’un autre côté je me dis aussi que toute l’histoire de la pédophilie vient du fait que le gourou lui met ça dans la tête donc qui a la mauvaise influence.
Et comme à la fin le personnage d’Emma Stone est enceinte du gourou de la secte, le film insinue que c’était bon pour elle, qu’elle a à nouveau retrouvé goût à la vie au point de pouvoir la donner.
Mais ça va pas avec le reste : pourquoi la religion, ici même une secte, est tout le temps épargnée par ce déluge de merde que se prennent absolument tout le reste ? Surtout venant du réalisateur qui a fait Midsommar.Et au-delà de tout ce que le film dit, de tout ce que le film dénonce, c’est-à-dire la propriété de combats qui ne sont pas les nôtres, et bien ça reste malgré tout un objet de cinéma percutant, viscéral et franchement captivant à regarder.
Bien sûr j’ai plus été attiré par la deuxième partie, plus traditionnelle et plus dans ce que j’aime, que par la première qui m’a un peu gonflé mais c’était fait exprès, c’était pour ressentir littéralement ce que ressent le personnage.
C’est un miroir des États-Unis. Ce film est un film qui fait ce que le cinéma doit faire : le cinéma doit pas suivre les mouvements, il doit les montrer tels qu’ils sont dans tous les domaines, aussi bien les bons que les mauvais.
Le cinéma peut être de la propagande et on le voit souvent mais le cinéma doit surtout être le reflet de notre monde ou une échappatoire mais même une échappatoire a toujours quelque chose de concret pour nous dire « voilà de quoi tu échappes » ou « attention à ce que tu ne pourras pas échapper.
Et ce film finalement c’est ça et ça fait du bien de ne pas avoir l’impression de voir un tract politique ou idéologique mais au contraire un pur morceau de cinéma qui crie son ras-le-bol de tout ça, ça m’a personnellement fait du bien.Que voulez-vous que je vous dise de plus ? J’ai beaucoup aimé le film. En termes de rythme il est pas parfait, il y a peut-être des morceaux qui auraient pu être coupés et vu l’ambiguïté autour je pense que toute la partie secte aurait pu être enlevée limite, comme le personnage d’Emma Stone, mais ça aurait vraiment trop ressemblé à Joker, faut pas se mentir.
Un film sur les mouvements sociaux avec Phoenix dans le rôle d’un loser sous l’emprise de sa mère psychotique qui pète un câble et commence à tuer des personnes haut placées… vous voyez où je veux en venir.En tout cas très belle surprise. De prime abord j’aurais pas tenté l’expérience parce que le film tentait pas plus que ça, mais finalement c’est une très bonne surprise et je suis content de l’avoir vu et je vous le conseille fortement.
Merci d’avoir lu.
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