1949 New York. Piaf (Evelyne Bouix) est venue pour chanter. Elle attend son grand amour, le boxeur Marcel Cerdan (Marcel Cerdan Jr), qui doit disputer le championnat du monde des poids moyens contre Jake La Motta quelques semaines plus tard. Cerdan qui devait initialement traverser l'Atlantique sur un paquebot, puis qui avait accepté de prendre un avion dans les jours suivants, cède à Piaf qui l'a supplié de partir encore plus tôt… L'avion n'arrivera jamais. Cerdan est mort et Piaf dort encore quand se réunissent dans sa suite tous ses proches.


Flash back. 1939, veille de la seconde guerre mondiale. La môme Piaf triomphe dans les music-hall parisiens. Marcel Cerdan commence à se faire un nom sur le ring.

En Normandie, Margot de Villedieu (Evelyne Bouix) regarde sa sœur épouser l'homme qu'elle aime le jour de la déclaration de guerre avec l'Allemagne nazi.

Dans une caserne, mobilisés, les soldats Jacques Barbier (Jacques Villeret) et Charlot (Charles Gérard) regardent leur lieutenant, le comédien de la Comédie Française Francis Roman (Francis Huster) leur jouer la tirade du nez de Cyrano.


Je n'ai pas voulu voir ce film pendant des années pour deux raisons.

D'abord à cause du titre. Je redoutais de me retrouver devant un biopic 1er degré avec Lelouch qui tourne avec sa caméra autour du couple mythique, glorifié dans un best of des chansons de la môme. Je craignais l'indigestion de bons sentiments, à l'abus d'images factices, croyance renforcée par les quelques extraits que j'avais pu voir au cours des années. Extraits qui se résumaient à découvrir une Evelyne Bouix tout en noir, dodelinant de droite à gauche (ou de gauche à droite) en ouvrant très grand la bouche pour être raccord avec la doublure voix de la chanteuse Mama Béa.

Ensuite parce que je savais, comme tout le monde d'ailleurs, que le rôle de Marcel Cerdan devait initialement être tenu (le mot n'est pas usurpé) par Patrick Dewaere, si celui-ci n'avait pas décidé d'entrer dans la légende d'une façon beaucoup plus tragique en se donnant la mort quelques jours avant le début du tournage.

Marcel Cerdan Jr à la place de Patrick Dewaere, ça me semblait être une idée infailliblement con ! Dewaere était un génie de la comédie, un acteur surdoué, magique, époustouflant, sidérant, désarmant. Et Marcel Cerdan Jr (contre qui je n'ai rien personnellement) n'était pas acteur du tout. Juste le sosie de son illustre père et, ayant lui-même pratiqué la boxe en professionnel, vraisemblablement crédible dans le rôle d'un combattant du ring.


Ayant dernièrement fait le constat qu'en ce qui concerne le cinéma de Lelouch je ne m'aventure jamais au-delà de ce que je considère comme les valeurs sûres que sont "La Bonne année", "Itinéraire d'un enfant gâté", "L'aventure c'est l'aventure" ou "Le voyou", j'ai décidé dans un moment de pure inconscience de me faire peur en allant vers une œuvre inconnue du maître et en prenant le risque de passer une soirée particulièrement merdique comme il m'est arrivé plus jeune, beaucoup plus jeune, d'en passer en me laissant convaincre par "Il y a des jours… et des lunes" ou par "Tout ça… pour ça !" (lequel porte bien son titre).


Bref, j'ai regardé "Édith et Marcel" et j'ai été très agréablement surpris.

J'imagine que le film n'est pas tout à fait le scénario que Lelouch avait en tête quand il pensait que Dewaere jouerait Cerdan car le boxeur est quasiment reclassé au rang de personnage secondaire (j'exagère un peu, mais par rapport au temps présent à l'écran si Dewaere avait joué le rôle, je pense qu'on est loin du compte), et il a très peu de dialogues. Alors d'accord, dans la réalité Marcel Cerdan ne devait pas être un grand manieur de mots, mais, encore une fois, je pense que Patrick Dewaere aurait eu du texte, et certainement des mises en situation lui permettant d'improviser comme le fait régulièrement Lelouch avec les acteurs qui ont du répondant. Marcel Cerdan Jr n'était pas un acteur et sa présence suffit tout de même a nous faire croire au personnage donc à l'histoire, ce qui est le principal.


Mais j'avoue que c'est surtout la partie Villeret, Bouix et Huster qui m'a enchanté et la surexposition, comme souvent chez Lelouch, de la petite histoire avec la grande.

Il y a la guerre mondiale, des personnages énormes puisqu'ils sont Piaf et Cerdan, et la vie quotidienne d'inconnus qui essayent de se rencontrer, de se comprendre, de s'aimer au rythme des tubes de la môme et des combats du champion.

Les destins de Jacques, Margot et Francis sont moins grands que ceux avec qui toute la France respire dans ces années d'après guerre, mais les drames, les joies, les sentiments, les victoires et les défaites de ces "petits" personnages sont pour eux tout aussi importants qu'ils le sont pour Piaf et Cerdan.

On retrouve un Villeret attachant, drôle bien sûr, mais fin surtout. Un mixe entre le brave type façon Bourvil et ce que Lelouch a toujours réussi à montrer de lui dans les différents films qu'ils ont fait ensemble : la méchanceté, la jalousie, la cruauté qui naît à force de souffrance. C'est beaucoup plus évident dans "Les uns et les autres", mais c'est présent aussi dans "Édith et Marcel".

Evelyne Bouix est pour moi plus convaincante en Margot qu'en Piaf. Peut-être parce que j'ai vu "La môme" d'Olivier Dahan et que je sais que la chanteuse parlait le langage des rues dans la vie de tous les jours. Avec Bouix elle fait très "propre". Exit aussi toutes ses addictions (médicaments, alcools, drogues). Simplement son impresario (formidablement incarné par Jean-Claude Brialy que j'ai eu plaisir à revoir dans un rôle à sa mesure) lui fait remarquer qu'elle boit trop de vin. Si dans la réalité Piaf n'avait bu que trop de vin, je crois qu'elle pourrait encore être parmi nous !!!

Je n'ai pas aimé le play-back et l'interprétation de Bouix en Piaf. En Margot, elle peut donner libre cours à sa sensibilité, à sa douceur, mais aussi à une dureté plus naturelle.

Huster, dont je n'ai jamais été fan, m'a davantage convaincu que d'habitude en Cyrano de stalag. Même si parfois il ne peut s'empêcher de forcer le trait pour avoir l'air exubérant, artiste de profession.


En conclusion, je crois que ce qu'on reproche réellement à ce film c'est que Dewaere ne soit pas dedans. Comme si la mort du comédien avait condamné le projet grâce auquel il aurait dû survivre.

Espérons qu'avec le temps, en s'éloignant du jour où le génial Patrick a tiré sa révérence, ce film soit enfin vu pour ce qu'il est et non pour ce qu'il aurait pu être.

fran781
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le 11 mai 2025

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