Eleanor the Great se veut un drame sensible sur la perte, la mémoire et la solitude, mais se perd souvent dans une profusion de bons sentiments et une musique sirupeuse qui souligne trop lourdement chaque émotion. Ce tic de cinéma américain – cette manie de souligner au feutre les élans du cœur – finit par agacer, tant il ôte au récit la subtilité qu’il aurait méritée.
La seconde partie, centrée sur la fille du journaliste, souffre d’un déséquilibre narratif évident. Mal agencée, trop démonstrative, elle enchaîne les scènes larmoyantes sans réelle nécessité dramatique. La réalisatrice a beau éviter le pathos pur au moment de la mort de l’amie, elle retombe aussitôt dans un mélodrame appuyé, multipliant les gestes et les silences apparemment profonds mais en réalité creux.
Le personnage principal, Eleanor, paraît artificiellement hyperbolique. Ses excès d’humeur et son cynisme affiché manquent de crédibilité, notamment dans certaines scènes absurdes et peu crédibles – celle du supermarché avec les casher pickles, la dispute avec un client évoquant Auschwitz, ou encore ses échanges tendus avec sa fille. Ces situations, censées révéler ses fêlures, tombent souvent à plat tant elles semblent forcées.
Sur le plan thématique, la quête de soi d’Eleanor demeure superficielle. La volonté de perpétuer la mémoire de son amie, qui pourrait constituer le fil rouge du film, n’est qu’effleurée. Il manque un véritable approfondissement, une réflexion plus sincère sur ce que signifie survivre à l’autre, ou vivre à travers la mémoire d’autrui.
Reste une œuvre inégale : quelques sourires arrachés ici ou là, quelques répliques bien senties, mais un ensemble dominé par la morosité, les pleurs et une solitude aussi sociale qu’affective. Eleanor the Great cherche la lumière dans la douleur, mais ne trouve que la grisaille. Un film ouvertement déprimant, qui touche parfois juste, mais trop rarement.
5,5/10